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Watti, la lampe de bureau robotisée qui anticipe les besoins d'éclairage

Le designer Nikolay Tyulkin présente Watti, une lampe de bureau robotisée à cinq axes motorisés, équipée d'une caméra de profondeur et d'un Raspberry Pi. Le prototype vise à transformer l'éclairage en un outil spatial et contextuel, avec des fonctions de suivi des mains et de numérisation 3D en développement.

La lampe de bureau est restée un objet essentiellement passif depuis l'époque d'Edison : une source lumineuse, un abat-jour et un interrupteur. Les évolutions successives n'ont modifié que l'esthétique ou ajouté un variateur, sans jamais remettre en cause le principe d'un éclairage qui attend d'être orienté et allumé manuellement. Watti, un projet du designer Nikolay Tyulkin, entend bouleverser cette conception en proposant une lampe capable de comprendre ce qui se passe sur le bureau avant même qu'on lui demande de la lumière.

À première vue, Watti ressemble à un bras robotique terminé par une source lumineuse. Cinq axes motorisés indépendants contrôlent la base, l'épaule, le coude, le cou et la tête, chacun étant piloté par un moteur RobStride qui communique sa position à l'ordinateur central. Cette amplitude de mouvement confère à la lampe l'articulation d'un modèle de type Anglepoise, à la différence près qu'elle peut se positionner seule avec une précision mesurée. L'éclairage est assuré par un anneau de 45 LED RGB WS2812 adressables individuellement, tandis qu'un Raspberry Pi 5 exécutant ROS 2 coordonne l'ensemble du système.

La caméra constitue l'élément qui distingue Watti d'un simple luminaire motorisé. Un capteur Orbbec Astra Mini S capture des données couleur et de profondeur en 640×480 à 30 images par seconde, offrant au système une vision tridimensionnelle de l'espace qui lui fait face. Ces flux sont visibles dans le logiciel compagnon, mais ne sont pas encore exploités de manière significative : la lampe peut voir le bureau sans comprendre pleinement ce qui s'y déroule. Cette lacune constitue précisément l'objectif du projet.

Le suivi des mains, l'éclairage automatique de la zone de travail et la numérisation 3D figurent sur la feuille de route du développement. Ces fonctionnalités permettraient à la lampe de décider elle-même où s'orienter en fonction de la position des mains et de la nature du travail en cours, sans aucune intervention manuelle. Même avant l'arrivée de ces fonctions, Watti se révèle plus programmable que la plupart des outils d'éclairage dédiés. Watti Studio, un éditeur visuel accessible depuis un navigateur, permet de composer des scènes coordonnant mouvement et lumière sur une timeline commune. Un modèle virtuel de la lampe à cinq axes s'affiche dans l'éditeur afin d'arranger, de prévisualiser et d'affiner les poses et les configurations de LED sans disposer d'un appareil physique. Une fois la scène prête, elle est conditionnée et transférée vers le Raspberry Pi, qui l'exécute localement sans connexion continue au navigateur.

Le prototype fonctionne avec une alimentation externe de 24 V et 10 A, et utilise environ 700 dollars de composants. Ce positionnement le destine pour l'instant aux chercheurs et aux passionnés. Le projet prévoit de publier les fichiers matériels, la nomenclature, les schémas électriques, le protocole de communication et des exemples de scènes, ce qui permettrait à d'autres de construire leur propre exemplaire et de poursuivre le concept. Watti esquisse ainsi une lampe qui traite l'éclairage comme un problème spatial et contextuel plutôt que comme un réglage manuel. Une lumière capable de suivre l'endroit où le travail s'effectue, d'adapter sa position en temps réel et de coordonner couleur et intensité sans interrompre la tâche en cours constitue un objet fondamentalement différent d'une lampe à col flexible. Une prémisse qui paraît évidente une fois énoncée, ce qui suggère que quelqu'un aurait dû la construire plus tôt.

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