Un studio londonien du nom d'Of My Imagination a présenté Flip, un système de sièges publics modulaires dont chaque assise peut pivoter sur elle-même pour disparaître au profit de l'espace libre. L'idée part d'un constat que connaissent tous les voyageurs : dans une gare ou un terminal, il est fréquent de trouver une rangée de places occupées non par des personnes, mais par des sacs, des valises ou des bagages posés là sans gêne. Flip propose une réponse simple à cette frustration quotidienne.
Concrètement, le banc n'est plus une surface fixe et indivisible. Chaque place constitue un point de rotation autonome. Rabattue vers le bas, elle redevient une assise classique. Relevée, elle libère l'espace correspondant pour accueillir une valise, une poussette, ou simplement offrir plus de place lorsque le quai se remplit. Le mécanisme repose sur un loquet mécanique et une articulation rotative, sans application mobile, sans moteur et sans capteur chargé de décider à la place de l'usager quand le siège doit bouger.
Cette retenue technologique est revendiquée comme un choix. Les infrastructures publiques tombent souvent en panne non parce que leur technologie est trop rudimentaire, mais parce qu'elle est trop complexe, trop fragile, ou trop dépendante de mises à jour logicielles et de contrats de maintenance que personne n'a budgétés. Une assise qui bascule parce qu'une personne la bascule physiquement continue de fonctionner pendant une coupure d'électricité, une panne système ou un jour où l'équipe d'entretien est en sous-effectif.
Le projet s'inscrit aussi dans le souvenir des règles de distanciation héritées de la pandémie. À l'époque, de nombreux bancs avaient été entourés de rubans de mise en garde ou marqués d'autocollants indiquant les places à ne pas occuper. La signalétique a largement disparu avec l'urgence sanitaire, mais le problème de fond est resté : un banc public doit pouvoir alterner entre une occupation dense et une occupation espacée, que ce soit pour des raisons de santé, d'accessibilité ou simplement pour absorber la différence entre l'heure de pointe et un dimanche matin calme.
Flip ne cherche pas à prédire ce dont un voyageur a besoin. Il lui donne une option et s'efface. Cette qualité est rare dans le design public, où l'instinct pousse souvent à surdimensionner une solution censée anticiper tous les scénarios, plutôt qu'à faire confiance à un usager pour effectuer un geste physique élémentaire. Le système ne prétend pas remplacer immédiatement tous les bancs de tous les pôles de transport. Le coût, les tests de durabilité et la résistance au vandalisme restent des obstacles peu glamour que tout concept de ce type doit franchir avant d'arriver dans un lieu où l'on s'assoit réellement.
Comme démonstration de principe, Flip rappelle néanmoins qu'une certaine flexibilité n'exige ni écran ni abonnement. Il suffit parfois d'une charnière et d'un peu d'humilité face à l'imprévisibilité réelle des espaces publics. Là où les bancs traditionnels imposent une seule manière de s'asseoir, ce concept propose une alternative mécanique, robuste et immédiatement compréhensible, qui redonne à chaque place une fonction ajustable selon l'affluence et les besoins du moment.