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« Masc » de Bertil Nilsson explore l'intersectionnalité queer, biraciale et autiste

Le premier long-métrage de Bertil Nilsson, présenté à Toronto, suit Robin, un homme queer, biracial et autiste qui cherche son identité en observant les autres. Une étude de personnage sensible portée par Joshua Griffin.

Le réalisateur Bertil Nilsson signe avec « Masc » son premier long-métrage, une étude de personnage sensible qui suit Robin, un homme queer, biracial et autiste, dans sa quête d'identité. Le film, coécrit par Nilsson et Joshua Griffin, qui incarne également le rôle principal, a été présenté en première mondiale à Toronto dans la section Next Wave Selects.

Le récit s'étend sur une année de la vie de Robin, un personnage qui, plutôt que d'imposer sa propre vision du monde, cherche à se définir en observant les hommes qui l'entourent. Cette posture d'observateur, presque de spectateur de sa propre existence, constitue la mécanique centrale du film. Robin n'initie presque jamais l'action et reste souvent discret sur ses réactions, ce qui confère au personnage une forme de retenue qui structure toute la mise en scène.

Nilsson adopte ainsi un dispositif singulier : il observe un observateur. Là où la plupart des films donnent au protagoniste le point de vue dominant, « Masc » déplace le regard. Robin tente de trouver sa personnalité en imitant et en scrutant les autres hommes de son entourage, ce qui pose une question de fond sur la construction de soi à l'âge adulte. L'identité n'y est pas donnée d'emblée, mais se construit par mimétisme, par frottement avec les autres, par observation attentive.

Le long-métrage aborde de front l'intersectionnalité des expériences queer, biraciale et autiste. Ces trois dimensions ne sont pas traitées séparément, mais s'entremêlent dans le quotidien de Robin, façonnant sa manière d'être au monde et son rapport aux autres. Le film se présente comme une histoire d'amour de soi, où l'acceptation passe par un long processus d'exploration et de tâtonnements.

La collaboration entre Nilsson et Griffin est au cœur du projet. Griffin, qui signe le scénario avec le réalisateur, incarne un personnage dont la vulnérabilité et la réserve constituent la matière même du film. Cette double casquette de coauteur et d'interprète permet une forme d'incarnation intime, sans démonstration excessive. Le film avance à hauteur de personnage, avec pudeur, en évitant les grands effets dramatiques.

Présenté dans une section dédiée aux nouvelles voix du cinéma contemporain, « Masc » s'inscrit dans une veine de films qui privilégient l'introspection et la nuance plutôt que l'action spectaculaire. Le choix de confier le point de vue à un personnage qui observe plutôt qu'il n'agit bouscule les codes habituels du récit d'apprentissage. Le spectateur est invité à partager cette position d'attention flottante, à saisir les micro-signaux, les hésitations, les silences.

Le film devrait trouver un écho auprès d'un public sensible aux récits d'identité et aux formes cinématographiques qui prennent le temps de l'observation. En refusant de faire de Robin un héros proactif, Nilsson propose une alternative discrète mais tenace aux récits de transformation tonitruants. Son personnage avance par petites touches, en se cherchant dans le regard des autres, et c'est précisément cette lenteur qui fait la force du film.

Avec « Masc », Bertil Nilsson signe une entrée remarquée en fiction, portée par une mise en scène attentive et une interprétation tout en retenue. Le film confirme l'intérêt des festivals pour les cinématographies qui explorent la diversité des expériences intimes, loin des schémas narratifs conventionnels.

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