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DuckUnit, le studio thaïlandais qui brouille les frontières entre concert et art contemporain

Le studio de design et de production DuckUnit, basé à Bangkok, explore depuis 2005 les liens entre scénographie de concert, installations artistiques et mécanique de l'attention du public. Rencontre avec son codirecteur Rueangrith Suntisuk.

Comment transforme-t-on un public de concert en partie intégrante d'une œuvre d'art ? C'est la question que creuse depuis près de vingt ans le studio thaïlandais DuckUnit, basé à Bangkok, qui vient de présenter une installation à grande échelle au Kunstenfestivaldesarts de Bruxelles. Intitulée A Flower of Forgetfulness, l'œuvre a été conçue en collaboration avec le cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul et les ingénieurs du son et compositeurs Akritchalerm Kalayanamitr et Koichi Shimizu. Installée dans une ancienne chapelle, elle met en dialogue projections vidéo, son, lumière et mouvement pour créer une performance immersive.

Fondé en 2005 par Wit Pimkanchanapong, DuckUnit est aujourd'hui dirigé par Rueangrith Suntisuk et Pornpan Arayaveerasid, entourés d'une équipe de créatifs aux talents variés. Le nom du studio, raconte Suntisuk, vient de cette diversité : « Nous avons commencé comme un collectif de design travaillant dans de nombreux domaines, du concert au théâtre en passant par l'art. Le nom DuckUnit vient de notre curiosité dans toutes les directions, et du fait que nous essayons constamment de faire des choses que nous ne savons pas encore faire. » Cette philosophie explique la variété de leurs productions, qui vont des scènes de concerts aux installations d'art contemporain, en passant par la performance.

Le studio a notamment signé la scénographie du concert FLURE LIFE du groupe de rock alternatif thaïlandais, où de gigantesques illustrations à l'aquarelle représentant des yeux, des serpents et des visages endormis montent et descendent pour raconter une fable derrière la performance musicale. Mais c'est dans ses œuvres plus expérimentales que DuckUnit pousse le plus loin sa réflexion sur la place du spectateur. Pour la discothèque silencieuse Embargo of Silence, conçue et curatée par Yuen Chee Wai, le public reçoit la musique par casque plutôt que par haut-parleurs. Pour Love after Death de l'artiste Korakrit Arunanondchai, présentée à la Biennale de Taipei 2025, le studio a suspendu un panneau semi-transparent qui captait une projection et déformait la lumière.

« Dans un concert, la satisfaction du public commence généralement à 100, et les gens espèrent encore plus », explique Suntisuk. « Dans l'art, l'attention et la concentration du public commencent parfois à 0. Comprendre ces différents états du public a profondément façonné notre travail récent. » Cette dualité entre les attentes du spectateur de concert et celles du visiteur d'exposition est au cœur de la démarche du studio, qui cherche à dissoudre l'audience dans l'espace pour qu'elle devienne partie intégrante de l'œuvre.

Pour y parvenir, DuckUnit expérimente sans relâche avec la lumière et le mouvement. « Dans beaucoup de nos travaux récents, nous avons utilisé du tissu, de la fumée, des moteurs, de la projection, de la lumière et des objets que nous ne pouvons pas entièrement contrôler », détaille Suntisuk. « Les choses nouvelles surviennent généralement du fait d'essayer de contrôler ces éléments, puis de les lâcher. Elles apparaissent au moment où ces éléments se rencontrent. En ce moment, nous apprenons comment ils coexistent et quel effet ils ont les uns sur les autres. » Cette approche a donné des pièces comme Two Who Remember the Sea, installation extérieure réalisée avec Apichatpong Weerasethakul et Guo-Liang Tan, ou The Ring of Fire, présentée en 2024 sur l'île de Naoshima au Japon.

En travaillant entre les mondes de la musique et de l'art, DuckUnit ne se contente pas de concevoir des décors : le studio interroge la mécanique même de la réception. Là où le concert traditionnel impose un point de vue unique et une narration partagée, l'installation artistique ouvre un espace de variété où chaque spectateur peut construire sa propre expérience. « Nous ouvrons un espace pour la variété entre le public et l'œuvre, afin que le public se dissolve dans l'espace et devienne partie de l'œuvre elle-même », résume Suntisuk. Une manière de redonner au spectacle vivant une part d'imprévisible et de mystère, à l'heure où tout semble mesurable.

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