Le chiffre frappe: environ 27 000 milliards de dollars. C'est l'ordre de grandeur que pourrait atteindre une Europe économique regroupant l'Union européenne, le Royaume-Uni, la Suisse, la Norvège, l'Islande, le Liechtenstein, les Balkans occidentaux, la Moldavie et l'Ukraine.
Les données 2025 de la Banque mondiale placent déjà le PIB nominal de l'UE à environ 21 240 milliards de dollars et celui du Royaume-Uni à un peu plus de 4 000 milliards. Avec les autres économies du scénario, l'ensemble approcherait 590 millions d'habitants et une production comparable, sans être identique, à celle des États-Unis.
Cette masse ne suffirait pourtant pas à faire de l'Europe l'économie la plus efficace du monde. Le principal paradoxe européen est précisément là: le continent dispose d'une immense épargne, d'entreprises industrielles de premier plan, de centres financiers mondiaux et d'un vaste marché, mais ces ressources circulent encore dans des systèmes partiellement fragmentés.
Le marché unique compte déjà environ 450 millions de consommateurs. Il a supprimé une partie considérable des frictions commerciales entre les États membres. L'étape suivante, beaucoup plus difficile, concerne le capital, les services, l'énergie et certains choix industriels.
La Commission européenne estime qu'une meilleure intégration des marchés de capitaux pourrait permettre aux entreprises de lever environ 470 milliards d'euros de financements supplémentaires. Dans le scénario élargi, Londres et Zurich renforceraient encore la profondeur financière du système.
Pour la France, l'intérêt serait évident. Le pays apporterait l'énergie nucléaire, l'aéronautique, l'agriculture, la défense, la recherche et l'une des principales places financières de la zone euro. Mais il devrait accepter que le centre de gravité du projet se déplace davantage vers le Nord et l'Est.
L'Ukraine en est le symbole. Son PIB nominal était d'environ 214 milliards de dollars en 2025, une fraction du total européen. En revanche, ses besoins de reconstruction sur dix ans sont évalués à près de 588 milliards de dollars. Son intégration est donc d'abord un grand programme d'investissement et de transformation institutionnelle.
Cette transformation est déjà entrée dans les négociations d'adhésion. En juin 2026, l'UE a ouvert le groupe des fondamentaux; en juillet, celui des relations extérieures. Justice, marchés publics, contrôle financier, administration et politique étrangère sont au cœur de la capacité d'un pays à fonctionner dans un ensemble économique beaucoup plus vaste.
La défense ajoute une autre dimension. Les États membres de l'UE ont dépensé 418 milliards d'euros en 2025. Avec le Royaume-Uni et la Norvège, la base financière et industrielle serait encore plus large. Mais l'efficacité dépendrait de la coordination des achats et de la production, pas seulement du montant cumulé des budgets.
Les États-Unis conserveraient un avantage structurel: un budget fédéral, un marché obligataire unique, une grande autonomie énergétique et des marchés financiers plus profonds. La Chine garderait une puissance manufacturière considérable.
L'Europe, elle, pourrait proposer un modèle différent: un ensemble très diversifié de nations à haut revenu, de capacités industrielles, de recherche, d'énergie et de capital reliées par des règles communes.
Le projet deviendrait réellement historique si l'élargissement ne se contentait pas d'ajouter des membres. Une Europe à 27 000 milliards de dollars n'a pas besoin de prouver qu'elle est la plus grande. Elle doit prouver qu'elle peut transformer sa taille en investissement, en productivité et en capacité de décision.