Wireva

Samobor, l'autre visage de la Croatie, à une demi-heure de Zagreb

À trente minutes de la capitale croate, les collines de Samobor séduisent les habitants de Zagreb par leurs vignobles, leur architecture baroque et leur patrimoine culinaire, loin des foules de la Dalmatie vénitienne.

À une demi-heure de route à l'ouest de Zagreb, la petite ville de Samobor s'impose comme l'échappée favorite des habitants de la capitale croate. Dans les collines verdoyantes qui l'entourent, les week-ends se conjuguent avec vignobles, nature et gastronomie locale, dans un décor d'architecture héritée de la période habsbourgeoise.

Le contraste est saisissant avec la Dalmatie vénitienne et ses paysages calcaires des Alpes dinariques, où le soleil blanchit la pierre. Ici, le voyageur change d'empire et de décor : place principale bordée de maisons baroques aux teintes pastel — jaune beurre, abricot, pistache —, façades ornées de stuc et terrasses de cafés ombragées de parasols, où les habitants prennent leur café du matin en devisant.

La place du roi Tomislav, cœur battant de Samobor, abrite notamment le Kavana Livadić, au sein de l'hôtel Livadić. C'est là que se déguste la kremšnita, cette épaisse tranche de crème pâtissière prise entre deux feuilles de pâte feuilletée et saupoudrée de sucre glace. Un dessert que Croates, Slovènes et Autrichiens revendiquent chacun à leur manière, et qui alimente à Samobor une réputation tenace : celle d'une version plus fine, plus crémeuse et plus délicate qu'ailleurs.

Le débat sur la meilleure kremšnita n'est pas près de s'éteindre, mais il témoigne d'une réalité plus large : cette région du nord de la Croatie cultive une identité culinaire propre, distincte des cartes postales balnéaires du sud. Les collines de Samobor, avec leurs vignobles et leurs chemins de randonnée, attirent une clientèle de proximité, venue de Zagreb chercher un air plus frais et un rythme plus lent.

Ce tourisme de week-end, ancré dans les terroirs et le patrimoine, dessine une autre géographie du goût croate. Là où la côte mise sur la mer et les villes historiques, l'arrière-pays de Zagreb mise sur la table, les paysages agricoles et une architecture d'Europe centrale. Une alternative discrète, à l'écart des circuits saturés de l'Adriatique.

Pour les habitants de la capitale, Samobor fonctionne comme une respiration hebdomadaire : on y vient pour une promenade, un déjeuner, une pâtisserie, puis on repart. Ce modèle de proximité, peu spectaculaire mais solide, explique la fidélité des visiteurs et la vitalité des commerces de la place centrale.

La comparaison avec la Toscane revient souvent chez ceux qui découvrent ces collines. Même douceur des reliefs, même imbrication des vignes et des villages, même art de la table comme lien social. La différence tient peut-être à l'échelle et à la proximité d'une capitale : Samobor n'est pas une destination lointaine, mais un voisinage.

Reste que cette notoriété grandissante pose la question de l'équilibre entre fréquentation et préservation. Pour l'instant, la ville conserve son rythme, ses cafés et ses maisons pastel, sans céder aux logiques de masse qui transforment certaines étapes touristiques. C'est précisément ce qui fait son charme auprès des Croates eux-mêmes.

À l'heure où la Croatie mise sur la diversification de son offre touristique au-delà du littoral, Samobor incarne une voie possible : valoriser un patrimoine habsbourgeois, une gastronomie locale et un paysage agricole vivant, sans renier la proximité avec Zagreb. Une leçon de goût et de mesure, à trente minutes de la capitale.

Same event, other desks

Story file →