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L'affaire Bardella ravive le débat sur l'antisémitisme au RN

Les révélations de Mediapart sur des propos antisémites attribués à Jordan Bardella relancent les questions sur l'identité du Rassemblement national, à trois ans de la présidentielle. Le politologue Gilles Ivaldi analyse les conséquences pour Marine Le Pen et son parti.

Cet article a été produit avec l’aide de l’IA sous la responsabilité éditoriale de Haydamax OÜ.

Les révélations de Mediapart sur des propos complotistes et antisémites attribués à Jordan Bardella ont rouvert une plaie que le Rassemblement national espérait refermée. Selon le politologue Gilles Ivaldi, chargé de recherche au CNRS et spécialiste du parti d'extrême droite, cette affaire rappelle que la culture du RN n'a pas fondamentalement changé depuis ses origines.

L'enquête du média d'investigation, publiée lundi, a provoqué une onde de choc au sein de la classe politique. Jordan Bardella a riposté dès mercredi en déposant une plainte en diffamation contre deux journalistes et la directrice de la publication de Mediapart. Le parquet de Paris a confirmé cette action en justice. Mais la procédure choisie par le président du RN, une plainte avec constitution de partie civile devant le doyen des juges d'instruction, ne devrait pas aboutir avant plusieurs années.

« Aujourd'hui, à Paris, dans une procédure ordinaire où il n'y a pas de pression sur le juge pour qu'il aille vite, on est sur un délai d'au moins deux ans d'instruction », explique maître Anne Cousin, avocate spécialisée en droit de la presse. « Mais après l'instruction, il faut encore compter un an et demi avant que ça n'arrive devant le tribunal. » Selon cette spécialiste, l'affaire ne sera donc pas jugée avant l'élection présidentielle de 2027, repoussant l'échéance à 2030, voire au-delà.

Cette temporalité judiciaire place Jordan Bardella dans une position délicate. Le débat sur la vérité des propos qui lui sont attribués n'aura pas lieu avant le scrutin présidentiel. « En choisissant de ne pas saisir le tribunal, on retarde le débat sur la vérité », souligne l'avocate. D'autres voies, comme le référé ou la citation directe, auraient permis un examen plus rapide, mais elles comportaient des risques importants pour le plaignant. La citation directe, qui garantit une comparution devant le tribunal correctionnel, reste soumise à des délais de plus d'un an.

Pour Gilles Ivaldi, ces révélations posent une question de fond sur l'évolution du Rassemblement national. Le parti, longtemps associé à l'antisémitisme de ses fondateurs, a entrepris une mue stratégique sous la direction de Marine Le Pen. La dédiabolisation visait à élargir son électorat au-delà de son noyau historique. Mais l'affaire Bardella vient rappeler que des relents de l'ancienne culture persistent, selon le politologue.

Les conséquences pour la présidentielle de 2027 restent incertaines. Jordan Bardella, qui nourrit des ambitions pour Matignon, voit sa candidature potentielle fragilisée par cette controverse. La réaction de l'électorat du RN sera déterminante. Une partie des sympathisants pourrait minimiser l'affaire, y voyant une attaque médiatique contre leur camp. D'autres pourraient s'inquiéter de la persistance de dérapages qui compromettent la stratégie de respectabilité du parti.

Marine Le Pen, qui prépare sa propre campagne, doit composer avec cette ombre portée sur son jeune lieutenant. La question de la capacité du RN à tourner définitivement la page de son histoire reste posée. Pour l'instant, la voie judiciaire choisie par Jordan Bardella éloigne la perspective d'un débat public sur le fond avant l'échéance électorale. L'affaire pourrait donc rester un point de friction dans la campagne, sans qu'une décision de justice ne vienne trancher le différend avant que les électeurs ne se prononcent.

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