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Fondazione Prada dévoile l’atelier domestique de Jean-Luc Godard à Milan

Le Studio d’Orphée, reconstitution de l’atelier de Jean-Luc Godard à Rolle, est visible à la Fondazione Prada de Milan, offrant un accès intime à l’univers créatif du cinéaste de la Nouvelle Vague.

le studio d’orphée and the home-studio of new wave director jean-luc godard
Fondazione Prada dévoile l’atelier domestique de Jean-Luc Godard à Milan
Jean-Luc Godard · Wikimedia — licence per file · rights

À la Fondazione Prada de Milan, deux espaces rendent hommage au cinéaste franco-suisse Jean-Luc Godard, figure majeure de la Nouvelle Vague, disparu en 2022. Le premier, le Cinema Godard, a été rebaptisé en son honneur durant l’été 2023. Le second, Le Studio d’Orphée, ouvert en 2019, propose une transposition de son atelier personnel de Rolle, en Suisse, au cœur de l’espace d’exposition milanais. Ce lieu, à la fois maison et studio de montage, refuge créatif et salon habité, se découvre au fil d’un parcours intime.

En gravissant les escaliers étroits de la galerie Sud, le visiteur pénètre dans une pièce volontairement en désordre, où une chaise pliante, une lampe posée sur une table et un bloc de réalisateur semblent attendre leur propriétaire. Les murs sont couverts de photographies et de coupures de presse épinglées, comme sorties d’un album de famille. Plus loin, des bancs invitent à s’asseoir face à une version reconstituée du studio de Rolle, avec deux tables en bois accolées formant une console de montage, des écrans diffusant des films, et un aspirateur Dyson oublié dans un coin. L’ensemble évoque davantage un salon chargé d’histoire qu’un espace de production professionnel.

Le Studio d’Orphée permet de visionner « Le Livre d’image » (2018) et neuf autres courts métrages réalisés par Godard entre 1981 et 2008. Ces œuvres ont été conçues, pour certaines, avec cet équipement même lorsqu’il se trouvait encore en Suisse, offrant ainsi une plongée dans les conditions réelles de création de l’artiste. L’installation oscille entre le réel — l’atelier tel qu’il était — et l’imaginaire — une matérialisation des idées et des inspirations qui animaient le cinéaste. Ce double mouvement explique le nom du projet, en référence au mythe d’Orphée et d’Eurydice, où le musicien descend aux enfers pour retrouver sa bien-aimée.

Jean-Luc Godard, d’abord critique de cinéma, s’était imposé en 1960 avec « À bout de souffle », film marqué par l’interprétation de Jean Seberg et une approche expérimentale qui allait influencer des générations de réalisateurs. Pendant plus de soixante ans, il a exploré les possibilités du langage cinématographique à travers des œuvres comme « Le Mépris » (1963), « Vivre sa vie » (1962) ou « Pierrot le Fou » (1965). Son travail, souvent exigeant, a laissé une empreinte durable sur le cinéma moderne, comme l’a souligné l’actrice Juliette Binoche lors d’une rencontre à la Fondazione Prada, évoquant son expérience sur « Je vous salue, Marie » (1985) sans cacher les difficultés de collaboration avec le réalisateur, tout en saluant son apport essentiel.

La Fondazione Prada a soigné chaque détail pour que le lieu semble habité : des lecteurs de médias empilés sur une table en bois peint, un portemanteau chargé de vêtements, des crayons et pinceaux oubliés sur un siège. Cette scénographie immersive offre aux visiteurs une expérience qui dépasse la simple projection d’un film, les invitant à pénétrer dans l’univers quotidien de Godard. Bien que le cinéaste ne soit plus là, son œuvre continue de vivre dans ce coin intime de Milan, où le public peut encore s’immerger dans son processus créatif.

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