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À Guadalajara, un pavillon en acrylique miroir fait disparaître le Cubo MEM

L'agence mexicaine errre taller a conçu Sfumato, un pavillon temporaire qui enveloppe le Cubo MEM de panneaux acryliques miroir pour le fondre dans son environnement. Le projet, lauréat du premier concours Pabellón MEM, interroge la présence architecturale par la disparition.

À Guadalajara, au Mexique, l'agence errre taller a imaginé un pavillon temporaire qui semble effacer l'un des repères sculpturaux du campus d'architecture de l'ITESO. Baptisé Sfumato, le projet habille le Cubo MEM, un cube de 6,40 mètres de côté, d'une enveloppe réfléchissante composée de panneaux d'acrylique miroir de 3 millimètres d'épaisseur. Le résultat : une structure qui conserve son empreinte physique mais se dissout visuellement dans le paysage.

Sfumato a été retenu comme proposition lauréate du premier concours Pabellón MEM. Le projet explore une question simple en apparence : comment une structure existante peut-elle devenir visuellement imperceptible tout en maintenant sa présence matérielle ? La réponse tient dans un habillage intégral qui brouille la frontière entre l'objet construit et son environnement naturel. Les surfaces réfléchissantes renvoient le ciel, la végétation et les bâtiments alentour, créant l'illusion d'un volume monolithique qui se fond dans le décor.

La mise en œuvre témoigne d'une attention particulière à l'efficacité des matériaux. Les feuilles standard de 1,22 × 2,44 mètre sont combinées à des sections découpées de 76 centimètres afin de maximiser l'usage de l'acrylique tout en préservant la continuité de la surface. Les panneaux sont fixés par adhésif double face et silicone sur une ossature métallique légère de type stud-and-track, elle-même soutenue par une sous-structure en bois fixée à la charpente acier d'origine. Les joints continus des miroirs assurent une façade lisse et réfléchissante sur toutes les élévations.

Pour préserver l'illusion d'un volume d'un seul tenant, un unique portail d'accès a été discrètement intégré à la face ouest, la moins visible de l'édifice. À l'intérieur, le pavillon fonctionne comme une chambre à ciel ouvert, un espace propice à l'observation du ciel. Les angles solaires changeants y dessinent des motifs d'ombre qui marquent le passage du temps. Le vide intérieur devient ainsi un lieu calme de contemplation, en contraste avec l'extérieur réfléchissant.

Le projet s'inscrit dans une réflexion plus large sur le paradoxe de la présence architecturale. En choisissant la disparition comme mode d'affirmation, errre taller propose une alternative aux interventions qui s'imposent par leur masse ou leur geste. Sfumato ne cherche pas à ajouter un objet de plus au campus, mais à en modifier la perception. L'enveloppe miroir agit comme un filtre : elle ne cache pas le cube, elle le transforme en surface de capture du réel environnant.

L'équipe de conception réunit Humberto Espinoza, Jessica Corona et Fernando Hernández. Leur approche repose sur une économie de moyens : un cadre métallique léger, des panneaux d'acrylique standard et un système de fixation simple suffisent à produire un effet visuel saisissant. La structure d'origine du cube, un cadre en acier PTR, reste intacte et sert de support à l'ensemble. Cette légèreté constructive permet d'envisager le pavillon comme une intervention réversible, adaptée à un usage temporaire.

Le choix de l'acrylique miroir plutôt que du verre répond à des contraintes pratiques : légèreté, facilité de découpe et de pose, résistance aux manipulations. Les sections de 76 centimètres, découpées dans les chutes, réduisent les pertes de matière. Cette logique d'optimisation matérielle s'accorde avec la démarche conceptuelle du projet, qui vise à réduire au minimum l'empreinte ajoutée tout en maximisant l'effet produit.

Avec Sfumato, errre taller signe une intervention qui interroge le rôle du spectateur. En renvoyant l'image de son environnement, le pavillon invite à regarder autrement un lieu familier du campus de l'ITESO. Le Cubo MEM, repère sculptural bien identifié, devient le support d'une expérience perceptive où l'architecture se fait discrète pour mieux révéler ce qui l'entoure. Une manière de rappeler que la disparition peut être une forme d'affirmation.

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