La plus ancienne webcam encore en activité au monde vient de célébrer son 32e anniversaire. Installée à l'université d'État de San Francisco, FogCam diffuse sans interruption une nouvelle image du campus toutes les 20 à 60 secondes depuis le 30 septembre 1994. Un exploit de longévité pour ce dispositif né à l'ère des débuts du web grand public, qui a survécu à des décennies de transformations technologiques et à plusieurs menaces de fermeture.
Jusqu'à récemment, très peu de ces images avaient été conservées. C'est désormais chose corrigée grâce à Justin Earl, un développeur qui a entrepris d'archiver méthodiquement le flux sous le nom de Fog-Bank. Pour garantir une couverture optimale, il a déployé quatre systèmes de capture répartis sur trois réseaux distincts : un sur son propre serveur, un sur sa machine personnelle et deux petits programmes hébergés sur Cloudflare. Chaque capteur enregistre l'horodatage précis du moment où il récupère une nouvelle image.
Cette redondance répond à une contrainte technique précise. FogCam n'a jamais remplacé une image en moins de 19 secondes. En conséquence, tant qu'au moins un des capteurs récupère une image toutes les 18 secondes, le système de Justin Earl devrait théoriquement archiver l'intégralité de ce qui est diffusé, sans aucune perte. Une prouesse d'ingénierie simple mais efficace, qui transforme un flux éphémère en une archive consultable.
L'archive héberge actuellement plus de 169 000 images couvrant 377 jours de diffusion. La majorité de ce contenu provient toutefois d'une précédente campagne d'archivage menée en 2019, à l'époque où l'on croyait la caméra sur le point d'être définitivement éteinte. Ce faux départ donne aujourd'hui à l'initiative une valeur patrimoniale inattendue : elle documente non seulement le paysage d'un campus universitaire, mais aussi la persistance d'un projet pionnier du web.
Le spectacle offert par FogCam n'a rien de spectaculaire. Il s'agit d'une vue statique, souvent noyée dans le brouillard caractéristique de San Francisco, d'où le nom de la caméra. Mais c'est précisément cette banalité qui fait son intérêt. La webcam est devenue un témoin involontaire de l'histoire d'Internet, un objet de curiosité pour les passionnés de technologie et un rappel que le web des années 1990 n'a pas entièrement disparu.
L'initiative de Justin Earl s'inscrit dans une tendance plus large de préservation numérique. Alors que de nombreux services en ligne disparaissent sans laisser de traces, archiver un flux aussi modeste soit-il revient à sauvegarder une parcelle de mémoire collective. Les images accumulées dans Fog-Bank pourront servir à des chercheurs, des historiens ou simplement des curieux souhaitant observer l'évolution d'un lieu sur plus de trois décennies.
Pour les lecteurs intéressés, le flux en direct reste accessible et permet de se connecter, l'espace de quelques secondes, à un fragment d'histoire d'Internet. Une manière simple de constater que certaines innovations, même les plus discrètes, peuvent traverser le temps et continuer de fonctionner bien après que leurs créateurs et leurs contemporains ont tourné la page.