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« The Next Journalism » : un plaidoyer pour une presse plus humaine et plus transparente

Dans son nouvel essai, le critique de presse Tom Rosenstiel appelle les journalistes à repenser leurs méthodes face à une crise intellectuelle du secteur, entre défiance du public, essor de l'IA et nécessité de renouer avec les audiences.

Le journalisme traverse une crise plus profonde qu'il ne le croit. C'est la thèse que défend Tom Rosenstiel, critique de presse et professeur de journalisme, dans son ouvrage « The Next Journalism ». Au-delà de la chute de la confiance du public et des vagues de licenciements dans les rédactions, l'industrie fait face à ce que l'auteur qualifie de crise « intellectuelle ». Pour y répondre, il propose un changement de cap : adopter un « reportage émotionnellement intelligent » qui « rencontre les publics là où ils sont ».

L'essai, qui se veut une contribution concrète au débat sur l'avenir de la profession, énumère dix pistes pour sauver le métier. Rosenstiel invite notamment les journalistes à délaisser la seule course au scoop « watchdog » pour privilégier un travail qui « aide les gens ». Il cite en exemple le média à but non lucratif LAist, qui aide son audience à naviguer dans les méandres des bureaucraties, à se connecter entre citoyens et à améliorer leurs communautés. Cette approche, appuyée sur des recherches en sciences sociales, implique aussi de « reconnaître les visions du monde alternatives ». L'auteur suggère par exemple qu'un article corrigeant des idées fausses sur le climat pourrait convaincre davantage des lecteurs conservateurs s'il mentionnait les opportunités commerciales liées à la transition écologique.

Rosenstiel se montre également favorable à l'adoption de l'intelligence artificielle par les rédactions. Il y voit un outil pour identifier les fausses informations et pour construire ce qu'il appelle un « Internet civique » de données utiles obtenues auprès des gouvernements. Les journalistes devraient par ailleurs démontrer leur « compétence, bienveillance et responsabilité » en travaillant de manière aussi transparente que possible, tout en s'ouvrant à de nouvelles méthodes narratives et en écoutant plus attentivement les « questions et besoins » de leur public.

Si l'ouvrage est salué comme une « contribution réfléchie » à une conversation essentielle, il n'échappe pas à certaines critiques. Rosenstiel multiplie les impératifs — inventer de nouveaux produits, vérifier les faits en continu — mais offre peu de conseils pratiques pour les mettre en œuvre avec des budgets de rédaction en chute libre. Son optimisme concernant le « potentiel énorme » de l'IA pour le journalisme, bien qu'appuyé par des exemples encourageants, ne prend pas pleinement la mesure des menaces que la technologie fait peser sur l'emploi dans le secteur. L'auteur concède d'ailleurs que l'IA souffre de « sérieux problèmes de confiance », sans proposer de solution ferme pour les « gérer et les atténuer ».

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