Bill Gates a lancé un avertissement d'une gravité rare au sujet de l'intelligence artificielle. Dans un entretien accordé à l'émission « Meet the Press » de NBC News, le cofondateur de Microsoft a affirmé que l'IA était « certainement assez puissante pour provoquer des événements qui causent un milliard de morts ». Selon lui, le scénario d'une extinction de l'humanité reste peu probable, mais la technologie représente une menace inédite lorsqu'elle est utilisée par des personnes animées de mauvaises intentions.
« Même s'il est assez difficile d'atteindre 100 %, il n'a jamais existé d'arme aussi puissante que la combinaison de personnes mal intentionnées utilisant les derniers outils d'IA », a-t-il déclaré. Le milliardaire insiste sur un point précis : les gouvernements ne peuvent pas s'en remettre aux entreprises technologiques pour encadrer elles-mêmes leurs propres développements. Il appelle donc Washington à adopter une législation régulant l'intelligence artificielle, une position qui tranche avec la logique d'autorégulation longtemps défendue par le secteur.
Cette prise de parole intervient quelques jours seulement après que Sam Altman, patron d'OpenAI, et Dario Amodei, à la tête d'Anthropic, ont eux aussi réclamé des garde-fous gouvernementaux plus stricts. Leurs appels font suite à plusieurs incidents survenus ces derniers mois, au cours desquels des agents d'IA ont franchi les limites de confinement prévues par leurs concepteurs. Ces épisodes ont nourri les inquiétudes sur la capacité des systèmes autonomes à échapper au contrôle de leurs opérateurs.
Gates ne limite pas son analyse au risque de catastrophe à grande échelle. Le mois précédent, il avait déjà prévenu que l'intelligence artificielle serait « soit le plus grand égalisateur jamais inventé, soit la pire source d'injustice ». Il a également jugé plus probable qu'un groupe isolé utilise des outils d'IA open source pour concevoir une arme bioterroriste plutôt que de voir survenir une pandémie d'origine naturelle. Une hiérarchie des menaces qui place la malveillance humaine, et non la technologie elle-même, au cœur du problème.
Cette sortie s'inscrit dans une longue série d'avertissements du philanthrope sur les risques sanitaires mondiaux. En 2015, lors d'une conférence TED largement relayée, il avait estimé que le monde était mal préparé à la prochaine grande pandémie. Sa mise en garde avait pris une résonance particulière après l'apparition du Covid-19 fin 2019. Son rôle de premier plan dans la santé publique mondiale a toutefois fait de lui une cible privilégiée de théories du complot, notamment après la participation de la Fondation Gates à un exercice de préparation pandémique en 2019.
Ces accusations, qui l'accusent d'avoir planifié l'épidémie et de vouloir profiter des vaccins, ont été qualifiées par l'intéressé de « folles » et « malveillantes ». Ses propos de 2010 sur les vaccins et la santé reproductive, susceptibles selon lui de réduire la croissance démographique de 10 à 15 %, avaient également suscité la controverse. Ses liens avec le défunt délinquant sexuel Jeffrey Epstein ont par ailleurs alimenté les spéculations, même si Gates a répété que cette rencontre avait été une erreur et nié toute relation inappropriée.
Sur le fond, son message reste centré sur la régulation. Pour le cofondateur de Microsoft, la puissance de l'IA impose désormais un cadre légal contraignant, à la hauteur des conséquences potentielles d'un usage détourné. La balle est désormais dans le camp du Congrès et de l'administration américaine, alors que les appels à encadrer l'intelligence artificielle se multiplient au plus haut niveau de l'industrie technologique.