Susan Sarandon parle de sa carrière comme d’un espace devenu plus étroit. À la Mostra de Venise, où elle présente The Echo Chamber, l’actrice a affirmé que son soutien aux Palestiniens continuait à avoir des conséquences concrètes sur son travail. Elle dit que des rôles lui ont encore été retirés récemment et que certaines agences déconseillent de l’engager.
Il faut entendre cette affirmation pour ce qu’elle est : le témoignage d’une actrice sur des décisions de casting qui ne sont pas rendues publiques. Rien ne permet d’établir de l’extérieur un boycott coordonné. Mais Sarandon sait déjà ce qu’une prise de parole peut lui coûter. En novembre 2023, UTA a cessé de la représenter après des propos tenus lors d’un rassemblement pro-palestinien.
Elle avait ensuite présenté des excuses pour la formulation choisie, la qualifiant de grave erreur. Elle avait reconnu que ses mots pouvaient faire oublier la longue histoire de l’antisémitisme et des persécutions contre les juifs. Elle a néanmoins continué à défendre publiquement les Palestiniens.
Le contraste est fort avec l’image de Venise. Sarandon est là non pas en marge du festival, mais dans un film de la compétition officielle. The Echo Chamber, réalisé par Andrea Pallaoro, réunit également Luca Marinelli et Alicia Vikander. Son scénario est signé Bernardo Bertolucci, Ilaria Bernardini et Ludovica Rampoldi et s’inscrit dans le dernier projet d’écriture de Bertolucci.
Sarandon joue Ava, une chanteuse reconnue qui cherche à revenir à la musique. À 79 ans, l’actrice porte ainsi un personnage confronté au temps, au désir de créer encore et au regard des autres. Le rôle devient presque un miroir sans que le film ait besoin de commenter sa vie réelle. À Venise, Sarandon a dit se sentir davantage accueillie à l’international et a remercié Pallaoro de lui avoir fait confiance.
Cette phrase touche à une réalité familière pour de nombreuses femmes dans les métiers de l’image : une carrière se construit autant avec les rôles proposés qu’avec ceux qui disparaissent. À cela s’ajoutent ici l’âge, la réputation publique et la politique. On ne peut pas savoir quelle part chacun de ces facteurs joue dans une décision particulière, mais leur combinaison dit beaucoup de la fragilité d’une position même après des décennies de succès.
Sarandon reste une figure majeure du cinéma américain, oscarisée pour Dead Man Walking et associée à des films comme Thelma & Louise. Cette histoire longue rend son témoignage plus frappant : le prestige accumulé ne garantit pas l’accès aux prochains projets.
The Echo Chamber doit sortir en Italie le 10 septembre et concourt pour le Lion d’or, attribué le 12 septembre. Le film donnera donc très vite d’autres raisons de parler de Sarandon que ses déclarations politiques.
La suite de sa carrière se jouera plus lentement. Un nouveau rôle peut rouvrir un chemin, mais il ne suffit pas à mesurer les effets d’années de controverse. Venise montre pour l’instant une femme qui refuse de choisir entre sa parole publique et son métier, tout en reconnaissant que ce choix peut avoir un prix.