Un Russe de 24 ans, originaire de la région de Rostov et placé dans la réserve après son service militaire, a été empêché de quitter le pays le 2 septembre à l’aéroport de Krasnodar. Selon le projet d’aide «Идите лесом!», le jeune homme a été soumis à un contrôle supplémentaire au passage des passeports, puis a reçu une notification officielle indiquant que son droit de sortie du territoire était temporairement limité par une décision du commissariat militaire.
L’affaire est importante parce qu’elle ne concerne pas un appelé ordinaire. Le jeune homme avait accompli son service militaire en 2024. «Идите лесом!» présente l’épisode comme le premier cas connu du projet dans lequel un réserviste a été réellement bloqué à la frontière à cause d’une mesure prise par un commissariat militaire. L’organisation insiste toutefois sur une limite essentielle : un seul cas ne permet pas d’affirmer que la Russie interdit désormais la sortie de tous les réservistes.
D’après le récit transmis au projet, le réserviste avait reçu en novembre 2025 une convocation destinée à mettre à jour ses données militaires. Il affirme s’être présenté au commissariat, où une affectation de mobilisation a été ajoutée à ses documents. Pourtant, la même convocation est apparue ensuite dans le registre électronique avec la mention indiquant que le citoyen ne s’était pas présenté.
C’est après cette inscription qu’une restriction de sortie a été décidée. Le jeune homme dit ne pas avoir vu d’avertissement avant son voyage. Il n’aurait appris l’existence de la mesure qu’au contrôle frontalier. Après le refus, il a déposé une réclamation via le portail public Gosuslugi et a tenté d’obtenir un extrait du registre avec le numéro de la décision.
Le texte du droit russe crée une difficulté claire. L’article 7.1 de la loi sur les obligations militaires et l’article 15.1 de la loi sur les sorties du territoire prévoient un blocage automatique pour les citoyens «soumis à l’appel au service militaire» à partir de l’inscription de leur convocation au registre. Ces dispositions ne posent pas explicitement un blocage automatique général visant toute personne déjà placée dans la réserve.
Un précédent avait déjà soulevé la même question sans aller jusqu’à un refus à la frontière. Un autre réserviste avait découvert dans le registre une interdiction de sortie, mais son commissariat avait affirmé que la convocation était une «erreur du système». Il était donc impossible de savoir si la mesure aurait été appliquée en pratique. À Krasnodar, elle l’a été.
Dans le même temps, les refus sont devenus plus fréquents pour les jeunes encore soumis à la conscription. Parmi les personnes ayant contacté «Идите лесом!» dans la seconde moitié d’août, 73 conscrits ont tenté de sortir directement de Russie : 50 ont réussi et 23 ont été bloqués. Certains ont expliqué n’avoir découvert la restriction qu’au moment du contrôle. Ces chiffres reflètent les demandes d’aide reçues par le projet et non l’ensemble des passages aux frontières russes.
Le nouvel épisode montre donc que l’infrastructure administrative — registre numérique, décision du commissariat et contrôle frontalier — peut produire une interdiction concrète. Ce qui reste incertain est l’étendue de son champ d’application.
Si d’autres réservistes sont bloqués de la même manière, la question deviendra celle d’un changement de pratique plus large, voire d’une extension de fait des restrictions. Si la mesure est annulée après recours, le dossier restera un exemple sérieux des conséquences qu’une inscription erronée peut avoir sur la liberté de circulation. Pour l’instant, il s’agit d’un premier cas connu, pas d’une interdiction générale établie.