Wireva

« HOUSING — 33 Answers to the Housing Question » : le logement repensé au-delà du produit fini

L'ouvrage dirigé par Jeanette Kunsmann et Laura Traub rassemble 33 projets européens qui interrogent la manière d'habiter. Face à des modes de vie moins statiques, les éditeurs plaident pour des logements adaptables, ouverts sur leur environnement et attentifs aux ressources existantes.

Le logement ne devrait plus être pensé comme un produit figé, mais comme une réalité évolutive, adaptée aux vies réelles de ses habitants. C'est la thèse que défendent Jeanette Kunsmann et Laura Traub dans l'ouvrage « HOUSING — 33 Answers to the Housing Question », qui réunit des projets issus de toute l'Europe pour éclairer une question devenue centrale : que doit rendre possible l'habitat aujourd'hui ?

Pour Laura Traub, l'une des éditrices, la maison a changé de statut. « Elle est devenue bien plus qu'un simple lieu où l'on vit : le centre de notre quotidien et souvent aussi de notre vie professionnelle », explique-t-elle. Ménages recomposés, carrières discontinues, organisations familiales et modes de garde moins prévisibles : les existences contemporaines sont moins linéaires qu'autrefois. Or, le modèle du logement conçu comme une réponse standardisée et définitive peine à suivre ces transformations. La pandémie a rendu ce phénomène particulièrement visible, lorsque les espaces domestiques ont dû absorber simultanément le travail, l'école, la vie familiale, les loisirs et le repli sur soi.

L'ouvrage, fort de 408 pages, est structuré en trois chapitres — « Social and Community Housing », « Building Simply » et « Renovate, Adapt and Build New » — et présente des réalisations allant de Barcelone à Oslo, de Bâle à la Bosnie. Les approches diffèrent, mais un fil conducteur relie les trente-trois projets : le refus d'une réponse unique. « Ils remettent en question l'idée qu'il existe une solution standard au problème du logement, souligne Laura Traub. Ils viennent de contextes très différents et travaillent avec des moyens très variés, mais ils demandent tous de quoi les gens ont réellement besoin et ce qui peut être accompli avec les ressources disponibles. »

Certaines réalisations illustrent cette conception élargie de l'architecture résidentielle. Le projet Kuku23 à Vienne combine environ 430 logements subventionnés avec des ateliers, des espaces culturels et des lieux partagés, reliant ainsi l'habitat au travail et à la vie de quartier. D'autres, comme les logements sociaux de Barcelone signés Narch + Maira Arquitectes, répondent à des enjeux d'accessibilité et de vie collective. Pour les éditrices, la leçon n'est pas de promouvoir un modèle unique, mais de favoriser une diversité de solutions ancrées dans leur contexte et dans les attentes de leurs habitants.

Le logement ne s'arrête pas à la porte d'entrée. Espaces publics, écoles, transports, commerces et infrastructures sociales façonnent l'expérience d'un lieu. Laura Traub se garde toutefois d'attribuer à l'architecture un pouvoir qu'elle n'a pas. « Nous voyons cette relation comme très forte, mais aussi plus complexe que l'affirmation selon laquelle une meilleure architecture créerait automatiquement de meilleures communautés, observe-t-elle. Un espace commun magnifiquement conçu ne crée pas mécaniquement des relations sociales. » L'architecture peut offrir des occasions de rencontre, mais elle ne saurait prescrire la communauté, ni éliminer le besoin d'intimité. « Un logement doit aussi offrir la possibilité de se retirer, ajoute l'éditrice. Le rôle de l'architecture n'est pas de dicter comment les gens doivent vivre ensemble, mais de créer les conditions de différentes formes de vie quotidienne. »

Au-delà de l'offre et de l'accessibilité, la réflexion doit intégrer l'organisation concrète de l'existence. La question du soin — qui s'occupe des enfants, des personnes âgées ou de celles qui ont besoin d'aide — devient ainsi centrale. Le projet « House for Five Women » en Bosnie, développé autour des besoins de cinq femmes et combinant chambres privées et espaces partagés, montre comment l'architecture peut alléger la pression pesant sur le ménage individuel. Une piste parmi d'autres, qui invite à considérer l'habitat comme un processus ouvert plutôt que comme une réponse définitive.

Same event, other desks

Story file →