La découverte d’un troisième drone et de ce qui pourrait être un explosif militaire près de l’aéroport de Leipzig/Halle a ajouté une pièce à un dossier déjà sensible. Les enquêteurs allemands estiment qu’un premier drone chargé d’explosifs devait frapper un avion cargo ukrainien Antonov utilisé pour des transports liés à la défense. L’engin n’a pas explosé, apparemment à cause d’un problème de détonateur.
La question de l’auteur reste ouverte. Le gouvernement allemand n’a pas officiellement attribué l’opération à la Russie. Des sources de sécurité allemandes voient cependant des ressemblances avec des opérations antérieures, et des évaluations américaines rapportées par la presse jugent une implication russe probable. Moscou rejette régulièrement les accusations de sabotage en Europe. Dans le dossier de Leipzig, la responsabilité russe reste donc une hypothèse sérieuse mais non judiciairement établie.
Le dossier de Stuttgart se situe à un autre niveau de preuve. Le 18 août, un tribunal a condamné un Ukrainien de 30 ans pour activité d’agent à des fins de sabotage. Il avait organisé l’envoi de colis équipés de traceurs GPS depuis l’Allemagne vers l’Ukraine afin de cartographier des itinéraires logistiques. Selon le tribunal, l’opération avait été lancée par une entité étatique russe non nommée. Deux autres prévenus ont été acquittés et les juges n’ont pas retenu l’existence d’un incendie criminel concret déjà convenu.
Eurojust a également apporté en mars un élément majeur sur les colis auto-inflammables de 2024. L’agence européenne a indiqué que 22 suspects en Lituanie et en Pologne étaient soupçonnés d’avoir travaillé pour le renseignement militaire russe. Des colis avaient pris feu ou explosé en Allemagne, en Pologne et au Royaume-Uni. L’enquête illustre une méthode fondée sur des intermédiaires, des recrutements à distance et l’utilisation de réseaux logistiques ordinaires.
Près de Berlin, les autorités allemandes ont découvert un dépôt professionnel contenant deux armes de poing et des munitions. Le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt a déclaré que ces armes étaient probablement destinées à des attaques. Un suspect est détenu en Roumanie. Des médias allemands, citant les services, présentent le dépôt comme un possible stock d’agents russes. Le parquet n’a toutefois pas rendu publique de conclusion définitive établissant un commanditaire russe.
À Tallinn, un incendie a touché un bâtiment utilisé par Milrem Robotics, entreprise de défense qui produit des systèmes militaires sans pilote. Trois citoyens lettons ont été arrêtés. Le service de sécurité letton enquête sur un incendie volontaire et sur une possible assistance à un État étranger. Le Premier ministre estonien a déclaré qu’une implication russe faisait partie des pistes. Là encore, elle n’est pas établie.
Le cas slovaque, survenu le 25 août, est encore plus clairement non attribué. La police a déjoué un projet d’incendie commandité visant une usine de systèmes aériens sans pilote. Trois étrangers ont été arrêtés; un mélange incendiaire, des téléphones, une caméra et un plan dessiné à la main ont été saisis. Les autorités n’ont pas identifié publiquement le commanditaire et n’ont présenté aucun élément reliant l’opération à la Russie.
Cette gradation des preuves est essentielle, car l’Europe dispose aussi d’un cadre politique plus général. Le Conseil de l’UE a condamné en mars les campagnes hybrides persistantes et coordonnées de la Russie et de ses relais, en citant le sabotage, les attaques contre les infrastructures critiques, les opérations cyber et la volonté d’affaiblir le soutien à l’Ukraine. L’OTAN utilise une description proche et ajoute les actes de violence, les provocations frontalières et les brouillages électroniques.
Le risque serait de transformer ce cadre général en raccourci automatique pour chaque incendie ou explosion. L’affaire Nord Stream rappelle pourquoi: en 2026, les procureurs allemands poursuivent des suspects ukrainiens pour le sabotage des gazoducs de 2022, après des années de spéculations contradictoires sur les responsables.
La tendance de fond n’en est pas moins préoccupante. Les cibles récentes se concentrent sur les mêmes fonctions: transport de matériel, industrie de défense, dirigeants d’entreprises, routes logistiques et infrastructures capables de soutenir l’Ukraine. La prochaine étape sera judiciaire. À Leipzig, Berlin et Tallinn, ce sont les traces techniques, les communications et les chaînes de commandement qui devront transformer des soupçons cohérents en responsabilités établies.