L'actrice chinoise Fan Bingbing a profité de sa présence au Festival international du film de Busan pour livrer une critique sans détour de l'essor des microdrames générés par intelligence artificielle, estimant que les jeunes publics chinois « ne sont pas très bien nourris » par ces contenus. Lors d'une conférence de presse organisée dans le cadre du festival sud-coréen, la star a expliqué regarder ces formats de temps à autre, sans pour autant être convaincue de leur bénéfice pour le jeune public.
Fan Bingbing se trouvait à Busan pour présenter « Diary of a Mad Old Man », le nouveau film de Wayne Wang, programmé dans la section A Window on Asian Cinema. Elle y défend également un autre projet, porté par Ivan, dont le détail n'a pas été précisé lors de la conférence. Sa prise de parole intervient alors que les microdrames — ces séries ultra-courtes, souvent verticales, conçues pour une consommation mobile — connaissent un boom spectaculaire en Chine, porté en partie par des outils de génération automatique de vidéos.
Le phénomène des microdrames IA s'est imposé ces dernières années comme l'un des segments les plus dynamiques du divertissement numérique chinois. Produits à moindre coût et diffusés sur des plateformes mobiles, ces contenus misent sur des récits courts et accrocheurs, adaptés à des sessions de visionnage fragmentées. L'irruption de l'intelligence artificielle dans leur fabrication a encore accéléré leur production, au point de susciter des débats sur la qualité narrative et l'homogénéisation des contenus proposés aux jeunes spectateurs.
En critiquant ce modèle, Fan Bingbing rejoint une inquiétude plus large sur l'appauvrissement de l'offre culturelle destinée à la jeunesse. Son propos ne vise pas tant la technologie en elle-même que la manière dont elle est exploitée pour alimenter un flux constant de contenus standardisés. L'actrice, figure majeure du cinéma chinois et internationale, dispose d'une audience qui dépasse largement les frontières de la Chine, ce qui donne à ses remarques une portée particulière dans le débat sur l'avenir de la création audiovisuelle.
Le Festival international du film de Busan, l'un des rendez-vous les plus importants d'Asie pour le cinéma, sert de cadre à de nombreuses prises de parole sur les mutations de l'industrie. La présence de Fan Bingbing aux côtés de cinéastes comme Wayne Wang illustre la volonté du festival de faire dialoguer stars populaires et cinéma d'auteur. La section A Window on Asian Cinema, qui accueille « Diary of a Mad Old Man », est précisément dédiée à la découverte et à la mise en valeur des cinématographies asiatiques contemporaines.
La déclaration de Fan Bingbing s'inscrit dans un contexte où les professionnels du secteur s'interrogent sur la place de l'humain dans une chaîne de production de plus en plus automatisée. Si les microdrames IA séduisent par leur accessibilité et leur rythme, ils posent la question de la formation du goût, de la diversité des récits et de la survie des formats plus exigeants. Pour l'actrice, le risque est celui d'un appauvrissement de l'expérience spectatorielle proposée à une génération qui n'a connu que ces formats courts et algorithmiques.
À travers sa prise de position, Fan Bingbing rappelle que le cinéma, même lorsqu'il est porté par des stars, reste un espace de débat sur les valeurs culturelles. Son passage à Busan, où elle présente un film d'auteur tout en commentant les dérives potentielles de l'industrie, résume la tension actuelle entre innovation technologique et préservation d'une création diversifiée. Le festival, qui se tient en Corée du Sud, continue d'offrir une tribune à ces réflexions sur l'avenir du septième art à l'ère du numérique.