L'Europe retrouve un signal qu'elle espérait laisser derrière elle: des prix de l'énergie qui réagissent brutalement au risque géopolitique. Le 8 septembre, le Brent est resté proche de 99 dollars le baril, tandis que le contrat de référence TTF à Amsterdam a atteint 77,13 euros par mégawattheure, son plus haut niveau depuis janvier 2023.
La donnée la plus importante n'est pas seulement le niveau atteint, mais la vitesse du mouvement. Le gaz a progressé jusqu'à 4% dans la séance avant de revenir autour de 76,3 euros/MWh. Les opérateurs intègrent l'incertitude autour du détroit d'Ormuz et, plus largement, l'absence de solution rapide à la crise au Moyen-Orient.
Pour autant, Bruxelles ne décrit pas une crise physique d'approvisionnement. Le groupe européen de coordination du pétrole a conclu le 8 septembre qu'il n'existait pas de problème de fourniture dans l'Union à ce stade. Les stocks commerciaux et d'urgence sont jugés suffisants et les raffineries européennes ainsi que les approvisionnements alternatifs continuent de répondre à la demande.
Le message est similaire pour le gaz. Le 3 septembre, la Commission et les États membres ont estimé qu'il n'y avait pas de risque immédiat pour la sécurité d'approvisionnement. L'Europe dispose aujourd'hui d'une capacité d'importation de GNL plus élevée, d'une diversification accrue et d'une demande de gaz inférieure à celle de la période 2021-2022.
Ces éléments réduisent le risque de pénurie, mais pas celui de prix élevés. Le marché rémunère la possibilité d'une perturbation future. Une tension sur une route maritime stratégique augmente le coût du transport, de l'assurance et des couvertures financières, même si chaque cargaison prévue continue d'arriver.
Pour la France, le pétrole est le canal le plus direct vers les ménages, via les carburants et le transport. Le gaz joue davantage sur l'industrie et sur le marché européen de l'électricité. Le parc nucléaire français limite certaines transmissions par rapport à des pays plus dépendants du gaz pour produire de l'électricité, mais il n'isole pas l'économie des prix européens ni des coûts logistiques.
Le choc intervient aussi dans un contexte monétaire sensible. Une énergie plus chère peut ralentir la baisse de l'inflation et compliquer les décisions des banques centrales. C'est l'un des mécanismes par lesquels un conflit éloigné géographiquement peut finir par toucher le crédit, l'investissement et le pouvoir d'achat.
La Commission insiste toutefois sur la différence avec 2022. Les infrastructures et les sources d'approvisionnement sont plus diversifiées et le système est mieux préparé. Cette résilience donne du temps aux gouvernements et aux entreprises, mais elle ne supprime pas le prix de l'incertitude.
Les prochains jours permettront de savoir si le Brent au voisinage de 100 dollars et le TTF au-dessus de 70 euros constituent un pic ou un nouveau palier. La réponse dépendra moins des stocks actuels que de l'évolution du détroit d'Ormuz et de la confiance des marchés dans la continuité des flux énergétiques.