Et si, pour entrer dans un environnement virtuel, il suffisait de s'asseoir ? C'est la piste explorée par des chercheurs de l'université de Kyushu, qui ont déplacé l'écran du visage vers le siège. Leur prototype entoure l'utilisateur d'un caisson optique offrant une vision en trois dimensions sans casque ni lunettes. L'ensemble ressemble davantage à un meuble imposant qu'à un équipement de réalité virtuelle classique.
Le dispositif repose sur un fauteuil à haut dossier, prolongé par une large enveloppe blanche qui projette des images vers l'avant, dans le champ de vision de la personne assise. À l'intérieur, un réseau de micromiroirs dirige des images légèrement différentes vers chaque œil, ce qui crée la profondeur sans poser de lentilles contre le visage. Une technique d'imagerie aérienne fait apparaître la scène comme flottant au-delà du siège, plutôt que plaquée sur un écran situé à quelques centimètres des yeux. Le regard porte ainsi vers un espace, et non vers un moniteur.
Le fauteuil devient lui-même un instrument de contrôle. Un gyroscope suit sa rotation : lorsque l'utilisateur pivote le corps, l'image virtuelle s'oriente en conséquence. Nul besoin de fixer un capteur sur la tête ni de réajuster un casque à chaque changement d'utilisateur. Il suffit de s'installer face aux optiques pour que le système réagisse au mouvement d'orientation. Cette simplicité d'usage ouvre des pistes dans des lieux où plusieurs personnes se succèdent, comme un musée proposant une reconstitution historique : chaque visiteur pourrait vivre une brève exploration sans partager un objet posé sur son visage, puis céder la place au suivant sans le rituel d'installation et de retrait des lunettes.
Le même principe pourrait convenir à un opérateur stationnaire examinant un espace de travail à distance. Aucune de ces deux applications n'a toutefois été démontrée sous la forme d'une installation finalisée. Le prototype reste un objet de recherche, et ses limites sont claires. Impossible de se déplacer en l'utilisant : le système est conçu pour une rotation en position assise, et non pour suivre chaque mouvement de tête. Il occupe par ailleurs bien plus de place qu'un casque rangé dans un tiroir.
Le transfert des optiques vers le mobilier change aussi l'échelle possible des composants. Des éléments plus volumineux n'ont plus à tenir en équilibre sur un nez, ce qui laisse de la marge pour expérimenter un champ de vision plus large ou d'autres mécanismes mobiles. Les chercheurs suggèrent que cette liberté pourrait, à terme, aider à traiter le mal des transports en réalité virtuelle. La prudence reste de mise : le système n'a pas démontré qu'il prévenait les nausées. Moins de pression sur la tête et moins de cinétose sont deux promesses distinctes.
La question posée par ce fauteuil dépasse la seule technique. Plutôt que de réduire toujours davantage le poids des casques, l'équipe de Kyushu propose de laisser la pièce porter le matériel et d'épargner la tête de l'utilisateur. Pour une personne passant un long moment dans un environnement simulé, ce basculement pourrait compter davantage qu'un nouvel allègement du casque, à condition que le siège lui-même se révèle confortable. Le prototype, imaginé par Shogo Fukushima, ne prétend pas remplacer la réalité virtuelle mobile. Il dessine une autre répartition des contraintes, où l'immersion ne se paie plus sur le visage.