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VK transforme les interactions en profil neuronal dans un internet russe surveillé

La nouvelle personnalisation de VK analyse des séquences d’actions entre plusieurs services afin de distinguer les intérêts durables des curiosités passagères. Cette capacité se développe dans un cadre russe où certaines données doivent être conservées trois ans et où SORM donne au FSB de vastes moyens d’interception.

Un clic isolé est une donnée faible. Une suite de clics, de commentaires, de vues et de partages devient une trajectoire. C’est cette différence que VK cherche à exploiter avec son nouveau « profil neuronal », conçu pour interpréter le comportement des utilisateurs dans VKontakte, VK Video et VK Clips comme une séquence cohérente plutôt que comme une collection d’actions indépendantes.

L’intérêt technique est évident. Une vidéo regardée une seule fois peut être un accident ou une curiosité. Si le même thème revient pendant plusieurs jours, que l’utilisateur ouvre les contenus en plein écran, les commente et les partage, le système peut estimer que l’intérêt est plus stable.

VK dispose déjà d’une infrastructure commune pour exploiter ce type de signaux. Sa plateforme Discovery relie les technologies de recherche et de recommandation. En juillet 2026, le groupe a présenté Discovery AI, en expliquant que la personnalisation pouvait prendre en compte les intérêts issus de plusieurs services. Dans ses communications financières précédentes, VK évoquait aussi un modèle multimodal capable de prédire les réactions et de construire un portrait du spectateur à partir de ses interactions.

Les documents accompagnant le nouveau déploiement annoncent une hausse de 15 % des partages, de 10 % des ouvertures en plein écran et de 5 % des mentions « J’aime ». Ces chiffres restent des résultats déclarés du déploiement, et non des mesures indépendamment validées.

Pour une plateforme publicitaire, le bénéfice est clair. Plus le profil évolue rapidement avec l’utilisateur, plus les recommandations et les annonces peuvent s’adapter à une intention récente. Le même mécanisme réduit le bruit entre un intérêt ponctuel et une habitude durable.

Mais la donnée n’existe pas hors contexte juridique. En Russie, l’article 10.1 de la loi sur l’information impose à certaines catégories de services internet de conserver des données sur les utilisateurs et les communications électroniques. Depuis le 1er janvier 2026, la durée de conservation de certaines informations couvertes par ces règles atteint trois ans. Le contenu des messages peut aussi être conservé jusqu’à six mois selon des modalités fixées par le gouvernement.

À cette obligation s’ajoute SORM, l’infrastructure technique de surveillance russe. Un règlement de l’Union européenne publié en 2026 décrit SORM comme un système de contrôle des appels, de l’usage d’internet, des messages et des réseaux sociaux. Le texte indique que le trafic peut être copié vers une infrastructure accessible au FSB et mentionne également la collecte d’informations de localisation et de comportements.

Le Financial Times a par ailleurs rapporté en juin que le rôle du FSB dans le contrôle de l’internet russe s’était renforcé depuis le milieu de 2025, notamment dans les restrictions et coupures de connectivité.

Il faut cependant distinguer deux choses. Aucun élément public cité ici ne démontre que le « profil neuronal » final de VK est transmis directement au FSB. Les obligations légales de conservation portent sur des catégories de données et de communications, tandis que le profil de recommandation est un objet algorithmique interne. Confondre les deux reviendrait à transformer un risque structurel en fait non démontré.

La question essentielle est la puissance d’inférence des données sous-jacentes. Une étude publiée en 2024 dans Scientific Reports a analysé les données de 1 358 utilisateurs de VK ayant donné leur consentement éclairé et a montré que des modèles pouvaient extraire des informations liées à des traits de personnalité. Cette recherche n’était ni un produit commercial de VK ni un outil de surveillance, mais elle illustre ce que des traces numériques suffisamment riches peuvent révéler.

Le profil neuronal de VK résume donc une transformation plus large du numérique. Les plateformes ne se contentent plus d’enregistrer ce que nous faisons. Elles cherchent à comprendre la continuité de nos gestes, à détecter des changements d’intérêt et à prévoir nos réactions.

Dans un système où l’État dispose déjà de mécanismes de conservation et d’interception très étendus, cette capacité prend une dimension politique. Le danger n’est pas nécessairement un dossier unique intitulé « profil neuronal ». Il réside dans la combinaison de données plus fines, plus longues et plus facilement interprétables.

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