En Ukraine, une collecte destinée à une unité militaire peut commencer par un simple message envoyé à un proche. Une cagnotte est créée, le lien circule dans plusieurs groupes, des entreprises complètent parfois la somme et l’équipement est acheté puis remis à l’unité. Ce schéma est devenu suffisamment courant pour former une véritable infrastructure sociale.
Selon Rating Group, en juillet 2025, 31 % des adultes interrogés dans les territoires contrôlés par Kyiv déclaraient soutenir financièrement les forces de défense de manière constante. Trente-neuf pour cent le faisaient de temps à autre. Ensemble, ces deux catégories représentent 70 % des répondants.
Une analyse exclusive d’Arhiv souligne que l’élément essentiel n’est pas seulement le niveau de participation, mais la manière dont l’aide circule. Le système repose sur des liens horizontaux et des circuits courts entre militaires, familles, volontaires, petites communautés en ligne et entreprises.
Cette culture s’est développée dès 2014. Après le début de la guerre dans l’est de l’Ukraine, des réseaux de volontaires ont pris en charge une partie des besoins que l’État ne pouvait pas couvrir assez rapidement: équipements de protection, médicaments, véhicules et communications.
Au fil des années, ces réseaux ont accumulé un capital central: la confiance. Les donateurs savent qui publie des comptes rendus, qui connaît les unités et qui peut acheter ou livrer rapidement le matériel demandé.
Des travaux publiés par Ukraine-Analysen en 2026 mettent en avant plusieurs facteurs de résilience du financement participatif ukrainien: objectifs clairs, réputation des organisateurs, paiements numériques, coordination décentralisée et transparence sur l’usage des fonds.
La comparaison avec la Russie doit être faite avec prudence. Le centre Levada a indiqué en 2025 qu’environ 40 % des Russes avaient participé au cours de l’année précédente à des collectes d’argent ou de biens pour les participants à la guerre. Cette question regroupe aide financière et aide matérielle et ne correspond donc pas exactement à l’indicateur ukrainien.
Une enquête russe de 2023 donne toutefois un indice sur la différence institutionnelle. Selon les résultats de la Higher School of Economics publiés par Vedomosti, 87 % des personnes interrogées estimaient que l’État devait être le premier responsable du soutien matériel aux militaires.
Le modèle ukrainien n’abolit pas cette responsabilité publique. Les achats de l’État restent indispensables pour assurer le volume, la planification et une répartition cohérente. Les collectes civiles peuvent au contraire favoriser les unités les plus visibles ou les organisateurs disposant d’une audience importante.
Leur avantage est ailleurs: rapidité, souplesse et capacité à répondre à des besoins très précis. Dans une guerre où les drones, les moyens de communication et les technologies changent rapidement, cette réactivité a une valeur opérationnelle réelle.
L’Ukraine a ainsi transformé une pratique née en partie comme réponse à la faiblesse de l’État en 2014 en un réseau complémentaire de défense. La question est désormais de savoir comment préserver cette énergie civique tout en réduisant les déficits qui obligent encore les volontaires à compenser les lenteurs du système public.