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Un ours en peluche pour écouter le bourdonnement des centres de données

Le studio new-yorkais Basura lance Adopt A Data Center, un projet satirique pour Big Data : une peluche qui reproduit le son réel d'un centre de données IA lorsqu'on la serre dans ses bras.

Et si l'on pouvait adopter un centre de données comme on adopte un panda ou un phoque ? C'est la proposition du studio créatif new-yorkais Basura, qui dévoile Adopt A Data Center, un projet satirique conçu pour l'artiste musical Big Data. L'objet prend la forme d'une peluche en forme de centre de données qui, lorsqu'on la serre contre soi, diffuse le bourdonnement aigu d'un véritable centre de données d'intelligence artificielle.

Baptisée « Bezzy », la peluche emprunte au langage visuel des animaux en peluche que des organisations comme le WWF vendent via des programmes d'adoption symbolique. Son apparence mêle l'esthétique d'un jouet d'enfance des années 1980 à celle d'une mascotte d'entreprise : de grands yeux ronds, un sourire timide et de longs membres hirsutes confèrent au centre de données une allure plus douce et vulnérable. Les vingt exemplaires existants ont été fabriqués à la main, avec un souci délibéré d'éviter l'aspect neuf ou trop poli, afin que l'objet paraisse familier, comme s'il avait toujours été là.

Le son diffusé par la peluche n'a rien d'une fiction : il provient d'un enregistrement réalisé chez un habitant de Virginie, aux États-Unis, vivant à proximité d'un centre de données. Basura a par ailleurs interrogé des dizaines de personnes résidant près de telles installations à travers le pays. Le projet s'accompagne d'un « site d'adoption » qui rassemble des liens vers des recherches et des reportages sur l'impact de ces infrastructures.

« Adopt A Data Center examine les histoires qu'on nous vend, face à la réalité que vivent les communautés, alors que se joue l'une des plus grandes révolutions de l'histoire humaine », commente Rajeev Basu, artiste et fondateur de Basura. Le projet relie ainsi la présence physique des centres de données à la relation plus large entre les individus et la technologie. « La Big Tech empiète sur tous les domaines de notre vie. Nous sommes rarement totalement satisfaits des bénéfices, mais nous sommes aussi impuissants. Les centres de données d'IA sont comme l'incarnation physique de ce sentiment », explique pour sa part Alan Wilkis, alias Big Data.

Adopt A Data Center accompagne la sortie prochaine du nouvel album de Big Data, intitulé 4.0, dont la musique explore la relation entre les humains et les machines. Le projet s'inscrit dans une démarche de satire qui invite à porter une attention plus grande aux faits entourant les centres de données, plutôt qu'au récit promotionnel qui les présente comme une avancée technologique neutre. En donnant une forme physique et tactile à une infrastructure dématérialisée, Basura propose une expérience sensible et dérangeante : celle d'un objet rassurant qui émet pourtant le bruit d'une machine bien réelle.

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