Comment habiter un volume industriel de 400 mètres carrés sans multiplier les coûts énergétiques ? C’est la question à laquelle les architectes espagnols Mireia Luzárraga et Alejandro Muiño, fondateurs du studio TAKK, ont répondu en transformant leur propre logement familial à Barcelone. Leur choix : une chambre d’enfant autonome, posée comme une maison dans la maison, avec sa propre isolation et ses propres matériaux.
Le problème initial était simple à formuler, mais complexe à résoudre. « Il est vite apparu qu’il serait impossible de climatiser l’ensemble de l’espace sans engendrer des coûts économiques et écologiques considérables », expliquent les concepteurs. Plutôt que de chauffer ou de refroidir inutilement des centaines de mètres carrés, ils ont concentré le confort thermique là où il est indispensable : dans la chambre de leur fille.
La structure qu’ils ont imaginée est entièrement indépendante. Elle intègre des blocs de béton, du bois, des plaques de plâtre, de l’isolant recyclé et de la laine. Les architectes ont également utilisé ce qui ressemble à des vérins de meuble, preuve d’un assemblage pensé pour être démonté. Deux espaces de couchage sont aménagés : une couche aérée en hauteur pour les mois chauds, et un volume fermé en dessous pour les mois froids. L’ensemble repose sur des roulettes, ce qui permet de le déplacer à l’intérieur du grand plateau industriel selon les besoins de la famille.
Le choix des matériaux n’est pas anodin. Tous proviennent de restes de chantiers ou de projets antérieurs, ce qui réduit l’empreinte carbone de l’opération et donne à la chambre une texture brute, cohérente avec l’esprit du lieu. Les fixations sont volontairement laissées apparentes : la structure pourra être entièrement démontée et ses composants réutilisés lorsque l’enfant aura grandi. Une manière de concevoir l’architecture comme un assemblage temporaire, réversible et économe.
Cette approche s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’habitat contemporain, où la flexibilité et la sobriété deviennent des critères de conception. Dans un ancien entrepôt, la chambre devient un objet architectural à part entière, capable de créer une intimité sans cloisonner définitivement l’espace. Elle rappelle que la contrainte — ici, l’impossibilité de climatiser 400 mètres carrés — peut devenir un moteur de création.
Pour les architectes, il ne s’agit pas seulement d’un geste esthétique. La chambre mobile et démontable interroge notre rapport à la durée, à la propriété et à la transformation des friches industrielles en lieux de vie. À Barcelone, comme dans de nombreuses métropoles, ces volumes sont de plus en plus recherchés pour leur lumière et leur générosité. Mais ils posent des défis techniques et énergétiques que TAKK choisit de résoudre par l’ingéniosité plutôt que par la puissance des installations.
Le résultat est un espace domestique qui ne ressemble à aucun autre : une chambre qui peut se déplacer, se démonter, se réinventer. Une maison dans la maison, pensée pour durer le temps d’une enfance, puis pour renaître sous une autre forme.