Et si le rose vif était une couleur neutre ? C'est la conviction du designer d'intérieur Roman Alonso, qui défend une approche de la décoration radicalement personnelle, loin des diktats et des palettes convenues. Pour lui, chaque teinte peut servir de base neutre, à condition qu'elle soit choisie avec intention et non par défaut. Une position qui bouscule les codes traditionnels de l'aménagement intérieur, où les beiges, les blancs cassés et les gris restent souvent présentés comme les seules valeurs sûres.
Dans un entretien consacré à son parcours et à sa méthode, Roman Alonso explique que la décoration d'un lieu ne devrait jamais obéir à des règles préétablies, mais à l'histoire et aux désirs de ceux qui l'habitent. Cette philosophie, qu'il applique à ses projets, repose sur l'écoute et l'expérimentation plutôt que sur la reproduction de recettes toutes faites. Il s'agit de composer un intérieur qui ressemble à ses occupants, même si cela implique de sortir des sentiers battus et d'assumer des choix forts.
Le designer insiste notamment sur la liberté chromatique. Selon lui, aucune couleur ne devrait être écartée a priori, pas même les plus vives. Le rose vif, souvent relégué au rang d'accent audacieux, peut parfaitement structurer un espace et servir de toile de fond. Cette idée rejoint une tendance de fond dans le monde de la décoration, où les intérieurs monochromes et les associations inattendues gagnent du terrain, portés par des créateurs qui revendiquent une approche plus émotionnelle et moins normative.
Au-delà de la couleur, Roman Alonso défend une conception de l'aménagement fondée sur l'accumulation maîtrisée et la superposition. Les objets, les textiles et les œuvres acquièrent leur sens dans la manière dont ils dialoguent entre eux, plutôt que dans leur conformité à un style unique. Cette approche, parfois qualifiée d'éclectique, exige toutefois un véritable travail d'équilibre : il ne s'agit pas d'empiler, mais de composer, en veillant à ce que chaque élément trouve sa place sans écraser les autres.
Cette vision s'inscrit dans un contexte plus large de remise en question des standards du design d'intérieur. Les magazines spécialisés et les réseaux sociaux ont longtemps diffusé des modèles uniformes, souvent inspirés de tendances scandinaves ou minimalistes. Aujourd'hui, une part croissante du public et des professionnels revendique des intérieurs plus singuliers, reflets d'une identité et d'un vécu. La personnalisation devient un critère central, au même titre que le confort et la fonctionnalité.
Pour Roman Alonso, le rôle du designer n'est donc pas d'imposer une esthétique, mais d'accompagner une expression. Il s'agit d'aider les habitants à formuler ce qu'ils aiment, puis à le traduire dans l'espace sans craindre le jugement. Cette démarche demande une certaine confiance, car elle suppose d'accepter que son intérieur ne ressemble pas à celui des autres. Mais c'est précisément cette singularité qui, selon lui, donne à un lieu sa chaleur et son caractère.
Le message porté par le designer trouve un écho particulier dans une période où la maison est redevenue un espace central de la vie quotidienne. Après des années marquées par la pandémie, les attentes à l'égard de son cadre de vie se sont déplacées vers plus de confort, de sens et d'expression personnelle. Les intérieurs ne sont plus seulement pensés pour être montrés, mais pour être vécus. Dans cette perspective, la couleur, les matières et les objets du quotidien deviennent des outils d'appropriation, et non de simples accessoires décoratifs.
En affirmant que « chaque couleur est une couleur neutre, même le rose vif », Roman Alonso résume une philosophie qui pourrait bien inspirer durablement les amateurs de décoration. Loin des recettes figées, elle invite à considérer son intérieur comme un espace de liberté, où les règles sont faites pour être réinventées. Une manière de rappeler que le bon goût n'est pas une norme universelle, mais une affaire de regard et d'intention.