Un champ de minuscules sphères d’acier pour présenter un parfum : le choix est inhabituel. Il répond pourtant à un problème bien connu des espaces de vente de fragrances, où le flacon est visible tandis que ce qui compte vraiment, l’expérience olfactive, ne l’est pas. Matter / Memory, installation interactive signée Leonardo Garza pour la maison BYREDO, donne à cet objet invisible une forme physique que le visiteur peut explorer avec les mains.
L’œuvre a été commandée pour l’arrivée de BYREDO au Mexique et présentée lors de l’événement de lancement de la marque, le 7 octobre, à Mexico. La commissaire était Artsynonym. Il s’agit d’une œuvre spatiale et non d’un nouveau parfum ni d’un objet destiné à un usage domestique. Cette distinction permet au projet d’interpréter la fragrance plutôt que de justifier un achat.
La construction se compose de cinq sections courbes, chacune abritant une composition matérielle différente sous une surface transparente. Des milliers de sphères en acier inoxydable en masquent partiellement le contenu. Les visiteurs peuvent les déplacer, ouvrant des zones par lesquelles les matières deviennent visibles. Ce mouvement produit aussi de légers bruits métalliques. L’invitation est immédiatement compréhensible : on bouge la main, le regard change, on entend le résultat.
Chaque section correspond à un parfum de la maison. Gypsy Water prend la forme de charbon et de cendre ; Rose of No Man’s Land est traduite par du verre brisé. Mojave Ghost devient une poussière minérale, Bal d’Afrique une terre d’ocre rouge, et Blanche un textile blanc plissé. Il s’agit d’interprétations matérielles proposées par Garza, non d’une présentation d’ingrédients, et la nuance compte : le visiteur reçoit des associations à considérer, sans obligation d’y adhérer.
Sur les photographies, les sections courbes forment un ensemble ouvert, presque circulaire, posé sur de fins supports. La lumière placée sous les surfaces transparentes fait apparaître les sphères tantôt sombres, tantôt très réfléchissantes. Poussées en amas, elles dessinent des bordures irrégulières autour des compositions exposées. Le contraste entre la géométrie maîtrisée de la structure et les motifs mouvants de sa surface donne à la mise en scène une part de désordre bienvenue.
Le verre brisé se trouve sous la surface d’interaction : les visiteurs déplacent les sphères au-dessus de lui sans toucher les éclats. Cette séparation crée une tension utile, puisqu’on peut modifier ce que l’on voit sans réorganiser la matière elle-même. La présence d’un voile de brume basse, qui renforce l’atmosphère de la pièce, paraît en revanche moins indispensable, le jeu de lumière et l’acier mobile suffisant à porter le propos.
L’installation ne dit évidemment rien de la manière dont le parfum sentira sur la peau. Sa valeur tient plutôt à la durée qu’elle offre à la rencontre : regarder, déplacer, dégager, associer. Pour un projet qui parle de mémoire, cette participation active, plutôt qu’une simple image de plus, constitue un point de départ cohérent.