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Orchid Sound System : des haut-parleurs qui se clipsent aux poteaux urbains sans laisser de trace

Conçu par Mariami Kurtishvili à l'Universität der Künste de Berlin, l'Orchid Sound System propose des cornes acoustiques en acier inoxydable qui s'attachent aux poteaux et infrastructures existants sans perçage ni dégât, pour rendre le son public temporaire et partagé.

Et si une ville pouvait accueillir de la musique collective sans construire de scène, sans percer un seul trou et sans demander de permis ? C'est la question qui traverse le projet de fin d'études de Mariami Kurtishvili, présenté à l'Universität der Künste de Berlin sous le titre « Sound Systems: Building Sonic Territories ». Sa réponse s'appelle l'Orchid Sound System : un ensemble de cornes acoustiques à haute fréquence en acier inoxydable, fixées sur des boucles en acier galvanisé, les mêmes que l'on utilise pour assembler des échafaudages ou des caisses de transport.

Le principe est simple et radical. Plutôt que de visser des enceintes dans un mur ou de les boulonner sur un mât, ces cornes enveloppent ce que la ville possède déjà : poteaux d'éclairage, feux de signalisation, tuyaux apparents. Elles tiennent sans une seule vis, sans une seule marque de foreuse. Une fois l'installation terminée, le poteau retrouve exactement l'aspect qu'il avait avant l'arrivée de l'équipe. Aucun dommage, aucun coût de réparation, aucune trace.

Le nom n'a rien de décoratif. Les orchidées épiphytes poussent sur les arbres sans jamais en tirer de nutriments, contrairement aux parasites : elles utilisent l'arbre comme simple lieu d'existence et ne lui rendent que leur présence. Les cornes de Kurtishvili adoptent la même logique vis-à-vis des infrastructures urbaines. Elles empruntent la hauteur et la stabilité d'un poteau pour quelques heures, et en échange, elles offrent du son, un message et une forme de sens temporaire à un objet de mobilier urbain que personne ne regarde jamais deux fois.

Développé sous la direction de l'architecte Gustav Düsing, avec les conseils de la docteure Susanne Hauser et de Julian Schubert, le projet a été présenté en octobre dernier dans le cadre du cursus design-build. Il part d'un constat que Kurtishvili formule clairement : le son public a toujours été organisé autour de la question de savoir qui a le droit d'écouter et qui paie pour héberger cette écoute. Dans les amphithéâtres antiques, les meilleures places étaient réservées aux élites politiques et religieuses, une hiérarchie de l'audition inscrite directement dans l'architecture. Aujourd'hui, vouloir installer quoi que ce soit de permanent dans une rue publique implique des permis, des validations municipales, des trous percés et de l'argent que la plupart des étudiants et des artistes n'ont pas.

L'Orchid Sound System contourne ces obstacles sans les nier. Personne n'a besoin de posséder le poteau. Personne n'a besoin de louer une salle. Les cornes s'attachent, jouent le temps d'une soirée, puis disparaissent. Les sessions d'écoute organisées à Berlin ont fonctionné précisément grâce à cette retenue : les gens ne se rassemblaient pas pour admirer un objet, mais parce que le son était brièvement redevenu un bien public, accroché à un poteau près duquel quelques dizaines d'inconnus se trouvaient déjà. Cette présence partagée, dit Kurtishvili, est exactement ce que le projet recherchait.

Le projet refuse délibérément de se faire monument. Il aurait été facile de dessiner un objet sculptural et permanent destiné à s'annoncer comme art. Les cornes, elles, sont conçues pour s'effacer une fois le spectacle terminé. Cette discrétion n'est pas un détail : elle conditionne la manière dont le public s'approprie l'installation. L'attention se porte sur l'écoute, pas sur l'objet.

La question de savoir si l'Orchid Sound System quittera un jour le stade de la thèse pour celui de la fabrication reste ouverte. Les projets étudiants de design-build franchissent rarement ce cap sans difficulté. Mais l'idée sous-jacente — qu'une ville puisse accueillir de la culture en s'appuyant sur ses os existants, sans couler de nouvelle structure ni boulonner quoi que ce soit de façon permanente — mérite d'être retenue, indépendamment de qui la réalisera un jour.

À l'heure où l'espace public se commercialise et se surveille toujours davantage, un haut-parleur qui se clipse sur un lampadaire, joue une nuit et s'évanouit sans laisser de trace constitue une réponse modeste mais pleine d'espoir à cette dérive. L'Orchid Sound System ne prétend pas résoudre la question de l'accès à la culture dans l'espace urbain. Il propose simplement une manière de l'ouvrir, temporairement, sans rien abîmer.

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