Le public les croyait inséparables. Pourtant, en 1945, Bud Abbott et Lou Costello, le duo comique le plus populaire d'Hollywood, étaient en guerre ouverte. Leur relation, déjà minée par des années de tensions, a basculé cette année-là dans une hostilité publique d'une violence inouïe.
Tout a commencé lorsque Lou Costello a décidé de porter l'affaire devant la presse. Il a publiquement accusé son partenaire d'être un alcoolique qui mettait en péril leur carrière en signant des contrats désastreux sous l'emprise de la boisson. Une attaque frontale, rare dans le monde très contrôlé des studios de l'époque, qui a immédiatement fait la une des journaux spécialisés.
La réaction de Bud Abbott ne s'est pas fait attendre. Selon les récits de l'époque, il a menacé de frapper Costello en public. La situation a dégénéré au point que les deux hommes, qui refusaient désormais de s'adresser la parole, ont eu recours à une stratégie pour le moins inhabituelle : ils ont engagé des agents de presse rivaux. Leur unique mission était de faire fuiter des articles assassins sur l'autre dans les journaux. Une guerre par médias interposés qui transformait chaque parution en nouvelle salve.
Cette escalade, qui a duré plusieurs mois, contrastait violemment avec l'image de camaraderie véhiculée par leurs films. Leur humour, fait de joutes verbales et de complicité apparente, faisait rire l'Amérique entière. Mais en coulisses, la réalité était tout autre : une relation « complètement impitoyable », selon les termes employés pour décrire cette période.
Le duo ne s'est réconcilié qu'en 1947. Un événement tragique a servi de déclencheur : la noyade, en 1943, du fils d'un an de Lou Costello. C'est en se retrouvant autour de cette douleur commune que les deux hommes ont finalement enterré la hache de guerre. Ils ont alors décidé de consacrer leur argent et leur temps à une fondation pour la jeunesse, créée en hommage à l'enfant disparu.
Cette réconciliation tardive n'a pas effacé les années de conflit. Mais elle a permis au duo de retrouver une certaine sérénité, loin des coups bas et des articles vengeurs. L'histoire d'Abbott et Costello rappelle que derrière les sourires de scène, les tensions les plus profondes peuvent couver, et que la célébrité n'exempte personne des rivalités les plus destructrices.