Le studio japonais ULTRA Studio explore la relation entre l'architecture et la perception quotidienne à travers deux projets résidentiels récents à Tokyo. Le premier, baptisé After Image, a été conçu pour un jeune couple et son enfant dans un quartier résidentiel typique de la capitale. Le second, Apartment in Uehara, s'attache à révéler des éléments du paysage urbain que les habitants ont appris à ne plus voir.
After Image, achevé en 2023 sur un terrain de 81,98 mètres carrés, place au centre de son espace de vie un cylindre noir opaque. Cet élément volumineux, impossible à ignorer au premier abord, est pensé pour s'effacer progressivement de la conscience des résidents au fil de leurs habitudes quotidiennes. Le studio compare ce phénomène à celui du nez, qui reste dans le champ de vision sans que le cerveau ne le perçoive consciemment. Le projet joue également avec les hauteurs : le premier étage s'élève à environ quatre mètres, tandis que les pièces supérieures sont comprimées sous un plafond plus bas. Le cylindre noir divise l'espace et crée des vues partielles qui se complètent lorsque les portes coulissantes sont ouvertes, donnant à l'étage supérieur une sensation de rotation subtile autour de cette forme centrale.
D'autres éléments viennent complexifier la lecture de l'espace. Un cylindre argenté au-dessus de la fenêtre donnant sur la ruelle reflète la lumière du jour et le jardin tout en dissimulant des tuyauteries. Un miroir fixé à une colonne bleue permet à une personne travaillant dans la cuisine d'apercevoir le salon. Des formes architecturales se répètent également sous forme de motifs peints sur les murs opposés, transformant des composants du bâti en images d'eux-mêmes. ULTRA Studio assume cette ambiguïté : « Nous considérons le mystère, une qualité liée à l'émotion, comme un élément crucial de la pensée spatiale », explique l'équipe. « Plutôt que de fournir des réponses immédiates, nous cherchons à créer des espaces qui suscitent des questions. »
Apartment in Uehara, de son côté, part d'un constat inverse. Dans un quartier marqué par de fortes dénivelées, les murs de soutènement et les socles en béton surélevés sont devenus si courants qu'ils finissent par paraître naturels. Le studio a choisi de travailler avec ces conditions plutôt que de les masquer. Des portions du socle sont creusées pour suivre les contours du terrain, tandis que les dalles de béton montent et descendent à travers les appartements. Ces changements de niveau s'intègrent à la vie quotidienne : une dalle surélevée peut servir d'assise, un dénivelé peut délimiter une zone sans nécessiter de cloison. Des cylindres, disposés avec des colonnes carrées sur une trame structurelle, ponctuent également l'espace et abritent parfois les circulations entre les niveaux.
Le studio précise que ces figures géométriques reviennent régulièrement dans son travail sans pour autant porter de signification fixe. « Bien qu'ils ne symbolisent pas directement un concept spécifique, ils projettent une présence suggestive dans l'espace », indiquent les architectes. Leurs fonctions varient d'un projet à l'autre, permettant aux formes d'accumuler des associations au-delà des conditions qui les ont initialement produites. Les deux projets illustrent ainsi une même conviction : l'habitation transforme la manière dont l'architecture est perçue, bien après la fin du chantier.