Une famille qui entre dans un fast-food veut pouvoir s’asseoir tranquillement. Un salarié veut terminer son service sans craindre une agression. Une personne sans argent peut chercher un endroit chaud, des toilettes ou simplement un espace où ne pas être seule. Ces trois réalités se rencontrent parfois dans la même salle. Le dossier du magazine italien de MAIR Ascensio, «Guardie e mendicanti nei McDonald’s italiani», montre cette tension. La formule virale d’agents africains employés contre d’autres Africains n’est pas démontrée. La tension humaine, elle, est bien réelle.
À Milan, des clientes et clients ont raconté dans leurs avis la présence d’agents de sécurité, le contrôle des tickets et des toilettes réservées aux personnes ayant commandé. Un avis de mars 2025 décrit un homme perçu par son auteur comme africain, qui aurait refusé l’accès aux sanitaires avant un achat. Le récit peut sembler banal, mais il pose une question intime : à quel moment un besoin aussi simple que l’accès aux toilettes devient-il conditionné par le statut de client ?
Le restaurant défend une logique compréhensible. Nettoyer, entretenir et sécuriser des sanitaires coûte de l’argent. Si un établissement situé dans un quartier très fréquenté laisse un accès illimité, il peut se retrouver à gérer une fréquentation sans rapport avec son activité. Mais le visiteur qui vit le contrôle comme une humiliation ne voit pas le calcul opérationnel.
À Naples, un autre avis décrit deux agents de sécurité dans le McDonald’s de Piazza Garibaldi, tout en racontant que des personnes demandaient malgré tout de l’argent aux clients. Cette scène souligne la limite d’une réponse purement sécuritaire. La précarité qui existe dans une grande gare ne disparaît pas parce qu’un restaurant engage des vigiles.
Il serait pourtant naïf d’ignorer le risque de violence. En 2017 à Milan, ANSA a rapporté, sur la base des informations de la police, qu’un groupe décrit comme nord-africain importunait des clients dans un McDonald’s. Le responsable a fait intervenir un agent de sécurité. Au cours du conflit, un client qui soutenait l’agent a été poignardé.
La réponse expérimentée à Frosinone en 2026 est intéressante parce qu’elle élargit la notion de sécurité. Le protocole entre la préfecture et McDonald’s comprend vidéosurveillance, éclairage, formation du personnel et contact rapide avec la police. Il ne repose pas uniquement sur l’idée de faire sortir quelqu’un.
Plus de 90 % des restaurants McDonald’s italiens sont exploités par des franchisés. Le responsable d’un établissement près d’une gare fait donc face à des réalités très différentes de celles d’un restaurant de quartier résidentiel. Cela explique pourquoi les pratiques observées par les clients ne sont pas nécessairement identiques partout.
La dimension ethnique doit être maniée avec prudence. Voir un agent perçu comme africain ne prouve pas que son origine ait motivé son recrutement. Ascensio n’a trouvé aucun document public confirmant une stratégie de ce type.
Le défi consiste donc à protéger sans déshumaniser. Un restaurant privé n’est pas obligé de devenir un centre social, mais il participe malgré lui à la vie commune lorsqu’il offre des sièges, de la chaleur et des sanitaires. L’Italie montre une tension que beaucoup de villes européennes connaissent déjà : plus les espaces commerciaux remplacent des fonctions publiques, plus les décisions de sécurité prises derrière une enseigne privée deviennent des choix de société.