Le festival de Telluride a révélé une performance qui pourrait redéfinir la course à l’Oscar du meilleur acteur. Andrew Scott, connu pour « Fleabag » et « All of Us Strangers », y présente « Elsinore », un film dans lequel il incarne Ian Charleson, l’acteur écossais révélé par « Les Chariots de feu », déterminé à monter sur scène dans « Hamlet » alors qu’il est ravagé par le sida. Les premières critiques, unanimes, placent d’ores et déjà l’interprète au sommet des prétendants à la statuette.
Le long-métrage s’attache aux derniers mois de la vie d’Ian Charleson. Après avoir connu la gloire hollywoodienne avec deux films consécutifs récompensés par l’Oscar du meilleur film — « Les Chariots de feu » en 1981 puis « Gandhi » en 1982 —, l’acteur avait vu sa carrière américaine s’étioler. Son cœur, lui, était resté fidèle à la scène londonienne, où il s’était imposé comme l’un des interprètes les plus prometteurs de sa génération. « Elsinore » raconte comment, en 1989, alors que la maladie le consume, il choisit de relever le défi ultime : incarner le prince du Danemark au théâtre national.
La force du film tient à la manière dont Andrew Scott fait ressentir l’état d’esprit de son personnage. Le critique de Variety souligne « la puissance tendre » de cette interprétation, qui plonge le spectateur au cœur des pensées d’Ian Charleson : sa conviction que ce qui reste de sa vie doit avoir un sens, et que jouer Hamlet lui offrira cette signification. Loin d’un simple biopic, « Elsinore » devient ainsi le portrait d’un homme qui transforme sa fin annoncée en acte de création absolu.
La performance ne laisse personne indifférent. Les observateurs du festival de Telluride, rendez-vous prisé des studios en pleine saison des récompenses, estiment que cette composition place Andrew Scott dans la première catégorie des candidats à l’Oscar du meilleur acteur. Le précédent de « All of Us Strangers », qui lui avait valu une nomination aux Golden Globes, avait déjà démontré sa capacité à incarner la vulnérabilité masculine avec une intensité rare. « Elsinore » confirme cette singularité.
Le film interroge également le rapport entre la scène et la vie, entre l’art et la maladie. Ian Charleson, qui avait contracté le VIH à une époque où le diagnostic équivalait à une condamnation, a choisi de ne pas révéler publiquement sa séropositivité pendant les représentations. Il est mort quelques semaines après la fin de la tournée, à l’âge de 40 ans. « Elsinore » s’inscrit dans la lignée des œuvres qui revisitent les années sida et leurs figures marquantes, à l’image de « Dallas Buyers Club » ou de la série « It’s a Sin ».
La critique de Deadline évoque un Andrew Scott « déchirant de justesse » dans le rôle de cet acteur déterminé à prouver, jusqu’au bout, que son art prime sur tout. Le film, réalisé avec une mise en scène sobre, laisse toute la place à l’interprétation et au texte shakespearien, dont les répliques résonnent avec une acuité nouvelle dans la bouche d’un homme confronté à sa propre mortalité.
Alors que la saison des prix cinématographiques s’ouvre, « Elsinore » s’impose comme l’une des révélations de l’automne. Reste à savoir si l’Académie des Oscars, souvent sensible aux performances inspirées de figures historiques, suivra le mouvement amorcé à Telluride. Une chose est certaine : la performance d’Andrew Scott a déjà marqué les esprits de ceux qui l’ont découverte dans la montagne du Colorado.