La PlayStation 5 n'est plus seulement une console de jeu fermée. Depuis que des développeurs ont réussi à contourner ses protections logicielles, la machine de Sony se transforme progressivement en une plateforme d'émulation polyvalente. Trois projets distincts — PS5X2, XPSemu et PS5 Proton — illustrent cette tendance et permettent désormais d'envisager de faire tourner des jeux PlayStation 2, Xbox et potentiellement Windows sur une PS5 jailbreakée.
Le projet le plus abouti à ce jour s'appelle PS5X2. Il s'agit d'un portage avancé de l'émulateur PCSX2, qui reproduit le fonctionnement de la PlayStation 2. Ce portage intègre l'accélération GPU via l'API Vulkan, grâce au projet PS5Vulkan. D'après les premiers retours, de nombreux jeux fonctionnent à pleine vitesse, y compris lorsqu'ils sont rendus à plusieurs fois leur résolution d'origine. Cette performance est rendue possible par l'architecture de la PS5, qui repose sur des composants x86 comparables à ceux d'un ordinateur de jeu, contrairement aux consoles plus anciennes comme la PlayStation 3, dotées de puces spécialisées.
Le deuxième projet, XPSemu, s'attaque à l'émulation de la première Xbox. Basé sur l'émulateur xemu, il n'en est encore qu'à un stade précoce, baptisé Alpha 1. La compatibilité avec les jeux reste limitée et instable, même si certains titres emblématiques comme Halo 2 semblent déjà tourner correctement. Ce projet est donc nettement moins avancé que PS5X2, mais il témoigne de la volonté de la communauté de repousser les limites de la console.
Enfin, un troisième chantier pourrait élargir encore davantage les possibilités : le portage de Wine sur PS5, dans sa version Proton popularisée par SteamOS de Valve. Ce projet, surnommé « PP » pour PS5 Proton, n'a pas encore connu de version publique. Mais s'il aboutit, il pourrait permettre de faire tourner des jeux Windows directement sur la PS5, sans passer par une couche d'émulation classique. Une perspective qui intéressera les joueurs souhaitant accéder à des catalogues PC sans changer de machine.
Ces avancées ne vont pas sans contraintes. Aucun de ces émulateurs ne semble capable de lire directement les DVD originaux des jeux. Il faut donc disposer d'images disque stockées sur le SSD de la PS5, ce qui consomme un espace de stockage précieux. Par ailleurs, le jailbreak de la console reste une opération délicate, qui expose à des risques de sécurité et peut annuler certaines garanties ou fonctionnalités en ligne.
L'émulation d'une machine sur une autre est une technique ancienne dans le monde informatique. Mais le fait qu'une console de neuvième génération, verrouillée par un firmware propriétaire, puisse être détournée pour faire tourner des jeux de deux générations antérieures — et peut-être bientôt des jeux PC — marque une étape symbolique. La PS5, comme ses concurrentes, est devenue un ordinateur de jeu déguisé, et une fois les verrous logiciels levés, elle peut exécuter à peu près n'importe quel programme. Reste à savoir si Sony choisira de tolérer ou de contrer activement ces initiatives, alors que la communauté des développeurs indépendants continue d'explorer les entrailles de la machine.