Dans les campagnes scandinaves, où l'hiver est rude et les distances longues, la capacité à réparer soi-même son véhicule n'est pas un luxe, mais une nécessité. C'est de ce constat qu'est né ANURA, le projet de fin d'études de Love Björklund, étudiant en design de transport à l'Umeå Institute of Design, en Suède. L'étudiant, originaire de cette région, y a imaginé un véhicule pour 2040 qui rompt avec la tendance actuelle à l'hyper-technologie pour privilégier la simplicité, la robustesse et la réparabilité.
« Les personnes qui vivent là-bas ont une longue tradition de se débrouiller par elles-mêmes, explique Love Björklund. Quand quelque chose tombe en panne, ils ne peuvent pas attendre que quelqu'un vienne le réparer. Ce sont des gens capables, confiants et humbles dans leur façon de résoudre les problèmes. Parce que les conditions dans les campagnes scandinaves, comme dans les campagnes du monde entier, sont rarement optimales. » Or, les véhicules modernes, de plus en plus connectés et automatisés, s'éloignent de cette réalité. Ils dépendent de services agréés et ne laissent plus le conducteur agir par lui-même, un constat que l'étudiant illustre avec l'exemple d'une Tesla dont la poignée de porte affleurante gèle en hiver.
ANURA se présente comme une réponse à ce problème. Le projet, conçu autour de quatre principes — humilité, simplicité, curiosité et confiance —, vise à créer un véhicule qui fait confiance à son utilisateur plutôt que de le mettre de côté. L'idée centrale est de redonner au conducteur l'autorité et la capacité d'intervenir sur sa machine. Pour cela, le véhicule intègre des solutions ingénieuses et modulaires, pensées pour être comprises et manipulées par tous.
Parmi les éléments notables, les phares avant sont amovibles et peuvent se détacher pour servir de lanternes portables. Lorsqu'un phare est retiré, le véhicule continue d'éclairer la route avec le second, et son emplacement vide forme un « X », signalant que le véhicule est momentanément « aveugle » d'un œil. À l'arrière, le feu est construit à partir du même composant que les poignées utilisées sur l'ensemble du véhicule, une approche qui simplifie la production et le remplacement des pièces.
Le marchepied, lui, se détache pour se transformer en rampe de chargement ou en planche de désensablage. Les poignées, quant à elles, sont conçues avec deux trous de fixation et une troisième ouverture qui sert de prise, de point d'ancrage pour une sangle ou de support pour une poulie. Deux treuils sont également intégrés au pare-chocs avant, renforçant l'aspect utilitaire et autonome du véhicule.
Le projet ANURA ne se contente pas de proposer un véhicule fonctionnel. Il interroge la relation entre l'humain et la machine dans un contexte rural. Love Björklund a développé une identité visuelle complète, avec un logo gravé dans la carrosserie plutôt qu'apposé, et s'est inspiré de quatre produits de référence pour incarner les valeurs de la marque. Le résultat est un véhicule qui s'adapte aux besoins de son propriétaire, capable de répondre à la situation plutôt que de la dicter.
Ce travail de fin d'études s'inscrit dans une réflexion plus large sur l'avenir de la mobilité dans les zones isolées. Alors que les constructeurs automobiles misent sur la technologie et la connectivité, ANURA propose une alternative radicale : un véhicule low-tech, robuste et réparable, qui s'appuie sur les compétences et l'ingéniosité de ses utilisateurs. Une vision qui, dans un monde où la durabilité et l'autonomie deviennent des enjeux majeurs, pourrait bien trouver un écho bien au-delà des forêts scandinaves.