Le gat, chapeau emblématique de la culture matérielle coréenne, tissé en crin de cheval et en bambou, était porté par les érudits et les nobles de la dynastie Joseon pour signifier leur rang social. Sa silhouette — une haute couronne cylindrique sur un large bord plat — est immédiatement reconnaissable. Le studio de design SAQ Design s'est emparé de cette forme pour créer une lampe qui porte le même nom et qui réinterprète l'objet historique en luminaire contemporain.
La lampe GAT s'inspire du concept confucéen d'Ongojisin, que l'on traduit généralement par « réchauffer l'ancien pour connaître le nouveau ». Plutôt que de simplement styliser une lampe aux allures traditionnelles, le studio a recomposé la structure réelle du gat en objet d'éclairage fonctionnel, en conservant chaque proportion et chaque détail de surface lié à un précédent précis. Le corps central reproduit la haute couronne du chapeau, couvert de fines stries horizontales évoquant le tissage du crin de cheval, tandis que le large disque inférieur recrée le bord comme un volume en forme de plat.
L'intérieur de la couronne comporte un motif en treillis tiré des fenêtres traditionnelles coréennes, invisible à la lumière ordinaire. Une fois allumée, une lumière ambrée chaude filtre à travers la surface nervurée, rappelant la qualité de la lueur diffuse et indirecte qui traversait autrefois le papier hanji dans les pièces éclairées à la bougie. Éteinte, la lampe conserve sa forme d'objet sculptural sans avoir besoin de jouer un rôle particulier.
Le large disque ne se contente pas d'ancrer la forme : il sert également de plateau pour poser bagues, écouteurs et autres petits objets du quotidien. Cette combinaison d'éclairage et de surface de rangement est rare dans sa catégorie, et le bord généreux du gat se prête naturellement à cet usage. Un objet historiquement porté pour signaler un statut est ainsi réutilisé pour recueillir ce que l'on dépose en fin de journée.
Une rainure sous la lampe permet de la monter au mur. L'image d'un gat accroché au mur est familière dans les foyers coréens traditionnels ; la lampe montée reproduit exactement cette image, mais en tant que source de lumière fonctionnelle. Le module d'éclairage se fixe par un mouvement de torsion, imitant la façon dont le gat traditionnel se posait sur la tête : placé, tourné, sécurisé. Plusieurs unités peuvent être empilées les unes sur les autres.
Le gat était historiquement placé au-dessus d'une flamme pour diffuser sa lumière ; le chapeau et la lumière ont toujours été associés. Le mot désignant ce qui couvre une flamme et celui désignant ce qui se porte sur la tête sont d'ailleurs identiques. La lampe GAT boucle cette boucle, faisant de l'acte de porter la lumière non pas une métaphore, mais la fonction littérale et réelle de l'objet.