Quatre ans et demi après la mort de Federico Martín Aramburu, le temps judiciaire s’ouvre pour sa famille. Le procès a commencé lundi 7 septembre à Paris avec quatre accusés et une question appelée à traverser les trois semaines d’audience : les tirs qui ont tué l’ancien international argentin ont-ils été le résultat d’une nouvelle confrontation imprévue ou d’une poursuite décidée après une première bagarre ?
Aramburu avait 42 ans. Il était marié et père de trois enfants. Dans la nuit du 18 au 19 mars 2022, il se trouvait à Paris avec Shaun Hegarty, ancien joueur de rugby devenu son ami et associé. Les deux hommes étaient venus dans la capitale pour assister au match France-Angleterre du Tournoi des Six Nations. Au café Mabillon, une dispute avec Loïk Le Priol et Romain Bouvier dégénère en bagarre. Le personnel intervient et sépare les groupes.
Les minutes qui suivent constituent le cœur du dossier. Aramburu et Hegarty s’éloignent. D’après l’enquête et les images de vidéosurveillance, Bouvier revient ensuite à leur hauteur et tire. Le Priol arrive peu après et tire à son tour six fois. Aramburu est touché par six projectiles provenant de deux armes et meurt sur le boulevard Saint-Germain.
Loïk Le Priol, 32 ans, comparaît pour assassinat, qualification qui suppose la préméditation. Romain Bouvier, 35 ans, est jugé pour tentative d’assassinat. Lyson Rochemir, 29 ans, qui conduisait la voiture utilisée au cours de la séquence, est également jugée pour tentative d’assassinat. Antony Sorrentino, 37 ans, est poursuivi pour avoir aidé Bouvier à échapper aux recherches.
Les deux tireurs reconnaissent avoir fait feu mais contestent avoir voulu tuer et avoir prémédité leurs actes. Le Priol a soutenu pendant l’instruction avoir agi dans une logique de défense. Il a aussi invoqué un trouble de stress post-traumatique en lien avec son passé dans les commandos marine. Ces arguments seront examinés à côté des données matérielles : les images, le nombre de tirs, les déplacements de chacun et le laps de temps entre la première bagarre et la fusillade.
Pour une famille, ces distinctions juridiques peuvent sembler abstraites. Elles sont pourtant décisives : l’assassinat suppose que la décision de tuer ait été formée avant l’acte. Les audiences devront donc reconstruire ce qui s’est passé après la séparation des deux groupes et déterminer si ce moment a constitué une pause, un changement de plan ou la simple continuation d’une confrontation.
Le procès porte également le poids d’un contexte idéologique. Le Priol et Bouvier ont évolué dans le GUD, mouvement étudiant d’ultradroite. Cette appartenance nourrit une partie du débat public autour de l’affaire, mais elle ne dispense pas les jurés de leur tâche : déterminer, à partir des faits, l’intention de chacun et la réalité d’une éventuelle préméditation.
Pour les proches d’Aramburu, cette mécanique reste indissociable de l’absence d’un homme. Il avait obtenu 22 sélections avec l’Argentine et joué plusieurs années en France, notamment à Biarritz et Perpignan. Ses anciens coéquipiers et le rugby argentin ont continué à lui rendre hommage. Juste avant l’ouverture du procès, les Pumas ont porté des T-shirts noirs « Justicia por Fede » pendant leur échauffement face à l’Australie.
Les audiences se tiennent jusqu’au 25 septembre dans la salle Voltaire, la salle historique des assises de Paris. Le verdict attendu à la fin de cette période ne pourra pas effacer ce qui s’est passé en 2022. Il devra toutefois apporter une réponse pénale précise à la manière dont une altercation a continué après que les protagonistes avaient été séparés, et à la responsabilité de chacun dans les minutes qui ont coûté la vie à Federico Martín Aramburu.