Le Tyrannosaurus rex régulait-il sa température corporelle comme un mammifère, ou dépendait-il de la chaleur du soleil comme un crocodile ? Une étude publiée dans Science Advances apporte un élément de réponse en estimant la température corporelle de ce prédateur du Crétacé supérieur à 36,3 °C, avec une marge d'incertitude de 2,5 °C. Une valeur comparable à celle des endothermes modernes, c'est-à-dire des animaux capables de produire et de maintenir leur propre chaleur interne.
Pour parvenir à ce résultat, l'équipe menée par Randon J. Flores s'est appuyée sur la formation d'isotopes dits « agglomérés » du carbonate, un processus dont l'intensité dépend de la température. Les chercheurs ont analysé trois dents de T. rex provenant de la formation de Hell Creek, un gisement du Crétacé supérieur riche en fossiles. La composition isotopique de l'émail dentaire agit comme un thermomètre naturel : elle enregistre la température à laquelle le minéral s'est formé du vivant de l'animal.
Le contraste avec les autres reptiles du même site est frappant. Les dents de crocodiliens contemporains retrouvées dans la même zone affichent des températures nettement plus basses, cohérentes avec leur mode de vie d'animaux à sang froid, qui alternent expositions au soleil et baignades pour réguler leur température. Ce différentiel renforce l'hypothèse d'un métabolisme élevé chez le T. rex, distinct de celui de ses voisins écologiques.
La question du sang chaud chez les dinosaures non aviens divise les paléontologues depuis des décennies. Les oiseaux, seuls dinosaures survivants, sont tous endothermes. Les crocodiliens, qui ont cohabité avec les dinosaures non aviens, sont ectothermes. Déterminer de quel côté se situaient des animaux disparus il y a plus de 66 millions d'années relève donc d'une véritable enquête scientifique, menée à partir de traces fossiles souvent fragmentaires.
Cette incertitude a longtemps nourri les représentations populaires. Lorsque des films comme Jurassic Park ont montré le T. rex et d'autres dinosaures non aviens comme des chasseurs actifs et au sang chaud, le choix reposait sur les connaissances scientifiques de l'époque. Les découvertes paléontologiques ultérieures ont largement validé cette vision, même si les reconstitutions actuelles intègrent désormais davantage de plumes et de détails anatomiques absents des images des années 1990, y compris chez des espèces qui ne sont pas à l'origine des oiseaux.
L'étude ne clôt pas le débat, mais elle ajoute une pièce solide au dossier. Une température corporelle proche de 36 °C implique une production de chaleur interne soutenue, donc un métabolisme coûteux en énergie. Elle suggère aussi que le T. rex pouvait rester actif sur de longues périodes, indépendamment des variations climatiques, un avantage pour la chasse et la colonisation de milieux variés. La méthode employée ouvre par ailleurs la voie à des mesures comparables sur d'autres espèces, afin de reconstituer plus finement l'évolution du métabolisme chez les dinosaures et leurs descendants.