Hollywood et le pouvoir politique américain n'ont jamais été aussi proches. La semaine dernière, les élus ont clairement signifié qu'ils ne comptaient pas laisser l'industrie du cinéma quitter les États-Unis. En Californie, le gouverneur Gavin Newsom a personnellement poussé à une résolution rapide de l'affaire antitrust visant Paramount, craignant que le studio ne délocalise ses activités hors de l'État. Au Congrès, républicains et démocrates ont uni leurs forces pour introduire un crédit d'impôt fédéral destiné à soutenir la production cinématographique nationale.
Cette double initiative marque un tournant dans les relations entre Washington, Sacramento et les grands studios. Le crédit d'impôt fédéral, porté par des élus des deux bords, vise à enrayer la fuite des tournages vers des pays offrant des incitations fiscales plus généreuses. Les parlementaires reconnaissent que sans un soutien fédéral, les États-Unis risquent de perdre une part croissante de leur production audiovisuelle au profit de concurrents étrangers. La mesure s'inscrit dans un contexte où les plateformes de streaming et les nouveaux géants des médias redessinent l'économie du secteur.
Le dossier Paramount illustre cette interdépendance. Quelques minutes après qu'un juge fédéral a validé l'accord antitrust entre Paramount, Warner Bros Discovery et une douzaine de procureurs généraux d'États démocrates, David Ellison a nommé Ynon Kreiz, ancien patron de Mattel, au poste de co-directeur général du nouveau géant médiatique. Cette nomination intervient alors que le studio s'apprête à finaliser une fusion d'envergure. Pour Ellison, il s'agit d'un « moment transformationnel pour notre industrie », une formule qui résume l'ampleur des bouleversements en cours.
L'implication directe du gouverneur Newsom dans le règlement de l'affaire antitrust témoigne de l'importance stratégique de Paramount pour l'économie californienne. L'industrie du divertissement représente des dizaines de milliers d'emplois dans l'État, et une délocalisation du studio aurait des répercussions bien au-delà des plateaux de tournage. En intervenant personnellement, Newsom envoie un signal fort : la Californie est prête à défendre son rang de capitale mondiale du cinéma.
Au niveau fédéral, l'initiative bipartisan au Congrès reflète une prise de conscience plus large. Les élus comprennent que la production audiovisuelle n'est plus seulement une question culturelle, mais un enjeu économique et géopolitique. Face à la concurrence du Royaume-Uni, du Canada ou de l'Australie, qui offrent des crédits d'impôt attractifs, les États-Unis cherchent à préserver leur compétitivité. Le crédit d'impôt fédéral viendrait compléter les dispositifs déjà en place dans plusieurs États, dont la Californie, la Géorgie et New York.
Cette convergence entre intérêts privés et politiques publiques n'est pas sans susciter des questions. La frontière entre régulation et soutien à l'industrie devient de plus en plus floue, alors que les grands studios négocient simultanément des fusions et des avantages fiscaux. Pour les défenseurs de ces mesures, il s'agit d'une réponse pragmatique à une concurrence internationale féroce. Pour les critiques, elle illustre la puissance de lobbying d'un secteur qui pèse des milliards de dollars.
La nomination de Ynon Kreiz à la tête du nouveau Paramount-WBD s'inscrit dans cette dynamique. Ancien dirigeant de Mattel, il incarne cette nouvelle génération de patrons de médias issus de l'industrie du jouet et du divertissement grand public. Sa mission sera de piloter l'intégration des deux groupes et de défendre leurs intérêts auprès des autorités. Le choix d'un profil aussi politique qu'industriel en dit long sur les défis à venir.
À l'heure où les plateformes de streaming bousculent les modèles traditionnels, Hollywood doit naviguer entre innovation, régulation et diplomatie économique. Le crédit d'impôt fédéral et le dénouement de l'affaire Paramount ne sont que les premières étapes d'une recomposition profonde. Les liens entre le pouvoir politique et l'industrie du cinéma, loin de se distendre, semblent au contraire se renforcer à mesure que les enjeux financiers grandissent.