Le rapport semestriel de l’agence anticorruption ukrainienne NABU et du parquet spécialisé SAPO se lit d’abord comme un tableau de données. Au premier semestre 2026, 360 enquêtes ont été ouvertes. 107 personnes ont reçu le statut de suspect. 56 actes d’accusation visant 106 personnes ont été transmis aux tribunaux. Enfin, 55 verdicts de culpabilité concernant 76 personnes sont devenus exécutoires.
Ces quatre indicateurs ne mesurent pas la même chose. Le nombre d’enquêtes décrit l’activité initiale. Le nombre de suspects correspond à des personnes auxquelles les enquêteurs attribuent officiellement un rôle potentiel dans une infraction. Les actes d’accusation mesurent les dossiers qui passent au stade judiciaire. Les condamnations devenues exécutoires représentent un résultat beaucoup plus avancé et juridiquement plus certain.
La prudence statistique est particulièrement nécessaire dans les affaires politiques. Un ancien chef de l’Office présidentiel et six autres personnes sont soupçonnés d’avoir blanchi plus de 460 millions de hryvnias par l’intermédiaire d’un projet immobilier de luxe à Kozyn. NABU affirme que près de neuf millions de dollars de ces fonds seraient liés à un système de corruption impliquant Energoatom. L’enquête est toujours en cours.
Un ancien ministre de l’Énergie est soupçonné dans une branche connexe de l’enquête. NABU et SAPO évoquent le blanchiment d’argent et la participation à une organisation criminelle. Selon les enquêteurs, plus de 112 millions de dollars en espèces auraient été reçus par l’organisation, via une personne de confiance, pendant la période où l’intéressé était ministre. Il n’existe pas de jugement établissant sa culpabilité dans cette affaire.
Un ancien adjoint du chef de l’Office présidentiel fait l’objet d’une autre enquête concernant plus de 141 millions de hryvnias de paiements au tarif vert. Les enquêteurs pensent que les fonds ont été obtenus pour de l’électricité attribuée à des centrales solaires situées dans des territoires occupés de la région de Zaporijjia. Ici encore, il s’agit d’une hypothèse d’enquête à vérifier devant la justice.
Le secteur de la défense apparaît dans plusieurs ensembles de données. NABU mentionne des affaires portant sur des biens militaires, plus de 32 millions de hryvnias dans une affaire liée à Ukroboronprom et une demande présumée d’un million de dollars pour la signature d’un contrat d’achat de drones FPV. Les procédures n’en sont pas toutes au même stade.
La catégorie des condamnations permet de mesurer la sortie du système. En avril, la chambre d’appel de la Haute Cour anticorruption a maintenu une peine de six ans de prison pour Roman Nasirov, ancien chef de l’administration fiscale. En juin, la Haute Cour anticorruption a approuvé un accord de reconnaissance de culpabilité avec Vsevolod Kniaziev, ancien président de la Cour suprême, et lui a imposé cinq ans de prison.
Le rapport fournit également des données économiques. L’effet économique du travail de NABU et SAPO au premier semestre est évalué à plus de 2,06 milliards de hryvnias. Plus de 864 millions ont été remboursés à l’État. Plus de 139 millions d’actifs ont été transférés aux forces de défense. Les économies liées aux achats de drones sont évaluées à 726 millions de hryvnias.
Les confiscations pénales devenues effectives dépassent 321 millions de hryvnias, auxquelles s’ajoutent 4,2 millions provenant de confiscations civiles. Au 30 juin, le montant cumulé des remboursements à l’État dans les dossiers NABU et SAPO atteignait 12,3 milliards de hryvnias. Le total cumulé des actifs transférés aux forces de défense dépassait 3,2 milliards.
Un autre indicateur concerne le profil des personnes détectées au premier semestre. Le rapport recense notamment six hauts responsables de l’État, huit dirigeants d’entreprises publiques, sept juges et six procureurs parmi les catégories de personnes mises en cause. Ces chiffres donnent une idée de la concentration du travail sur la corruption de haut niveau plutôt que sur les infractions administratives ordinaires.
La bonne lecture du bilan consiste donc à suivre les flux entre catégories. Combien d’enquêtes produisent des soupçons suffisamment étayés ? Combien de suspects deviennent des accusés devant un tribunal ? Combien d’affaires se terminent par un verdict exécutoire ? Et quelle part des ressources publiques est réellement récupérée ou protégée ? Les 360, 107 et 76 deviennent utiles seulement lorsqu’ils répondent ensemble à ces questions.