La nouvelle liste de conditions iraniennes pour une réouverture complète du détroit d’Ormuz peut sembler disproportionnée si l’on considère la question comme un simple problème de navigation. Elle devient plus compréhensible lorsqu’on regarde les volumes économiques concernés. Ormuz est un des points où une décision politique locale peut immédiatement modifier les anticipations d’un marché mondial.
Selon l’Energy Information Administration américaine, environ 14,6 millions de barils de pétrole brut et de produits pétroliers ont traversé le détroit chaque jour au premier trimestre 2026. Au quatrième trimestre 2025, le volume atteignait environ 20,7 millions de barils par jour. La baisse montre l’ampleur des perturbations provoquées par le conflit.
L’EIA a également relevé que les perturbations du deuxième trimestre avaient contribué à des prix du pétrole élevés et très volatils. Ce lien entre géographie et prix explique pourquoi le détroit est devenu un élément central des discussions politiques entre Washington et Téhéran.
Le Wall Street Journal rapporte que Donald Trump avait commencé à considérer la réouverture complète d’Ormuz comme un objectif suffisant pour mettre fin à la guerre, même sans accord nucléaire séparé. Des responsables américains cités par le journal affirment que le président avait évoqué cette possibilité en privé.
Pour l’administration américaine, la logique est économique autant que politique. Une réouverture stable augmente l’offre accessible au marché, réduit le risque sur les transports et peut alléger la pression sur les prix. Elle fournirait aussi un résultat concret après des négociations nucléaires difficiles.
L’Iran a répondu en monétisant politiquement ce besoin. Samedi, son Conseil suprême de sécurité nationale a demandé l’arrêt des menaces américaines, la fin durable de la guerre contre l’Iran et ses alliés, la levée du blocus naval et le retrait des forces américaines des environs du pays.
À ces demandes s’ajoutent la compensation complète des dommages de guerre, la levée des sanctions et la libération des avoirs gelés. Le détroit devient ainsi un actif de négociation contre plusieurs instruments économiques et militaires américains.
Les flux actuels montrent toutefois que le marché n’est pas revenu à zéro. Axios rapporte qu’un responsable américain estime à environ huit millions de barils par jour le volume de pétrole quittant actuellement le Golfe par la voie sud d’Ormuz, avec une coordination militaire américaine.
Cette donnée est importante mais doit être interprétée avec prudence. Huit millions de barils constituent un volume majeur, mais le régime actuel reste exceptionnel. Les entreprises ne disposent pas nécessairement de la même visibilité que dans un environnement où la circulation commerciale est pleinement normalisée.
L’Iran et Oman travaillent aussi sur de nouvelles routes maritimes. Associated Press indique que les discussions sont dans leur phase finale. Téhéran précise néanmoins que ces routes ne signifient pas une réouverture complète. Il maintient donc deux niveaux : le flux physique et le statut politique du détroit.
Cette distinction se retrouve dans les prix du risque. Un marché peut fonctionner avec moins de volumes si l’incertitude est faible. À l’inverse, même un volume important peut rester cher à assurer et difficile à planifier si les entreprises craignent une attaque, une nouvelle interdiction ou une modification rapide des règles.
Les États-Unis ont eux aussi un outil économique central : le blocus naval rétabli en juillet. Trump a déclaré ensuite qu’il restait en vigueur. L’Iran exige sa levée. Washington souhaite donc obtenir davantage de liberté pour les flux régionaux tout en conservant une mesure destinée à limiter les flux iraniens.
Dimanche, Trump a dit à Axios que les États-Unis réduisaient l’intensité du bras de fer et ne négociaient que partiellement. Il a insisté sur l’inflation et les difficultés financières de l’Iran. Cette stratégie revient à parier que le coût économique du temps sera plus lourd pour Téhéran que pour Washington.
Iran fait le pari inverse. Gregory Brew d’Eurasia Group, cité par le Wall Street Journal, estime que Téhéran pense que Trump veut sortir de la guerre et se concentre sur Ormuz. La valeur du détroit augmente donc dans la négociation précisément parce que Washington veut réduire son risque économique.
Pour l’Europe, le mécanisme est indirect mais réel. Les prix mondiaux du pétrole, les taux de fret et les primes d’assurance se transmettent aux entreprises et aux consommateurs. Un accord durable sur Ormuz peut réduire une partie de cette incertitude. Un simple accord provisoire sur les routes peut l’atténuer sans la supprimer.
Les données montrent ainsi pourquoi une bande de mer peut soutenir des demandes politiques très larges. L’Iran dispose d’un pouvoir de négociation parce que le marché mondial attribue une valeur élevée à la prévisibilité du passage. La question des prochains jours sera de savoir combien de cette valeur Washington accepte de convertir en concessions politiques.