L'architecte thaïlandais Boonserm Premthada et son agence Bangkok Project Studio ont livré le Neramit Town-Hall Pavilion, un équipement communautaire situé dans la province de Chon Buri, en Thaïlande. L'édifice, que son auteur qualifie d'« non-architecture », se présente comme une vaste toiture triangulaire en tôle ondulée, dont les bords irréguliers ne relèvent pas d'un caprice esthétique mais d'une recherche d'économie de matériaux et de confort climatique.
La structure repose sur des tubes d'acier carrés de 100 millimètres de côté et de six mètres de long, intégrés sur toute leur longueur afin de ne produire aucun déchet de chantier. « Nous avons conçu la structure pour qu'elle corresponde parfaitement aux dimensions standard des tubes, évitant ainsi toute chute de métal », explique Premthada. Lorsque la découpe s'est révélée inévitable, les morceaux ont été réemployés pour composer le bord irrégulier du toit, transformant ce qui aurait pu être perçu comme un défaut en élément de caractère.
Ce choix de toiture assure une double fonction : protéger de la pluie tout en laissant circuler l'air, et servir à la fois de toit et de mur. Les extrémités des tôles, volontairement décalées, empêchent les projections d'eau de pénétrer dans les espaces utilisés. La lumière du soleil filtre par les interstices du plafond, créant des effets de clarté en couches. À la tombée de la nuit, l'éclairage intérieur traverse ces mêmes ouvertures, donnant à l'ensemble l'apparence d'une lanterne géante qui illumine les alentours.
Pour Boonserm Premthada, ce projet illustre sa conception de la « non-architecture » : une structure simple à réaliser, abordable, fabriquée localement, adaptée au climat et au terrain, et répondant aux besoins réels des usagers. « Un bâtiment à toit à pignon est un exemple de non-architecture courante, particulièrement en zone rurale », précise-t-il. Chaque élément de l'édifice est pensé pour soutenir les autres, en optimisant la capacité portante et les assemblages.
L'architecte justifie son choix de l'acier par trois raisons. D'abord, ce matériau, utilisé depuis des siècles, offre résistance, durabilité et flexibilité, tout en étant léger et facile à assembler. Ensuite, la priorité donnée à un budget maîtrisé impose d'utiliser chaque pièce de manière optimale. Enfin, l'acier est recyclable et peut être démonté puis réassemblé pour d'autres usages. « Ne pas créer de déchets et tirer le meilleur parti de ce que nous avons, voilà ce que ce bâtiment nous a appris », souligne Premthada.
La toiture du Neramit Town-Hall Pavilion est en outre déplaçable, permettant de moduler les espaces intérieurs et extérieurs selon les activités. Cette flexibilité s'inscrit dans la réflexion plus large de l'architecte sur le rôle de l'architecture : « Qu'est-ce qu'une architecture qui contribue au beau temps ? Qu'est-ce qu'une architecture qui représente un environnement sain ? Qu'est-ce qu'une architecture qui exprime la vie rurale ou agricole ? » Autant de questions que ce pavillon, par sa simplicité et son ingéniosité, invite à reconsidérer.