Wireva

Derrière les services numériques ukrainiens, la vieille couche ERP résiste

Des compétences 1C/BAS apparaissent encore dans des offres de comptabilité militaire et chez Diia. Le sujet touche moins l’application visible que le travail discret de migration des finances, des données et des habitudes professionnelles.

Рынок ERP в Украине получил большой заказ на замену 1С/BAS

Джерело зображення: Wikimedia Commons / Mrrrk.smith, CC BY-SA 4.0. · CC BY-SA 4.0 · rights

La technologie qui change la vie quotidienne est souvent celle que l’on voit : une application, un document numérique, un service disponible en quelques secondes. La technologie la plus difficile à remplacer est parfois celle que personne ne regarde. En Ukraine, les offres d’emploi de 2026 montrent que 1C et BAS restent présents dans les compétences demandées à certains professionnels de la comptabilité et de la finance.

Une unité militaire, A5118, a recherché en mars un comptable connaissant 1C, 1C Accounting et BAS. Une autre, A4640, demandait une expérience similaire pour un poste de responsabilité dans la comptabilité et le reporting. Dans la région de Kyiv, un centre territorial de recrutement et de soutien social présentait la connaissance de logiciels tels que 1C comme un avantage.

Il faut lire ces annonces avec prudence. Elles ne prouvent pas que toutes les opérations de ces institutions se déroulent sur ces programmes. Elles indiquent qu’une personne maîtrisant ces outils reste utile. Une organisation peut encore utiliser une ancienne base, consulter des archives, gérer une transition ou maintenir des interfaces avec un système en cours de remplacement.

L’offre qui attire le plus l’attention vient de Diia. Le 25 juin, son équipe financière et économique cherchait un spécialiste maîtrisant 1C, BAS ou des logiciels comparables. Pour une marque associée à la modernité numérique de l’Ukraine, le contraste est frappant. Mais il ne faut pas confondre les fonctions : il s’agit d’un poste financier interne, pas d’un poste de développement de l’application.

Diia recrute par ailleurs des profils pour le mobile, l’infrastructure, l’analyse des systèmes, les API et la cybersécurité. On peut donc avoir une expérience citoyenne très moderne et, au sein de la même organisation, des processus financiers qui portent encore l’héritage d’une génération précédente de logiciels.

Cette situation touche directement les personnes qui travaillent dans ces organisations. Changer d’ERP signifie souvent devoir apprendre de nouveaux outils alors que le travail quotidien ne s’arrête pas. Les comptables doivent continuer à payer, rapprocher, déclarer et clôturer pendant que les données sont transférées. Les managers doivent décider quels processus conserver, lesquels simplifier et comment éviter qu’une migration technique ne se transforme en chaos administratif.

Le cadre ukrainien rend le changement plus urgent. Le SSSCIP cite 1C et BAS dans ses explications sur la liste des logiciels interdits et rattache leur inscription au détenteur de droits sanctionné 1C LLC. L’autorité précise que la liste est un instrument de sanctions, et non un classement technique attribuant automatiquement une vulnérabilité à chaque version.

Pour certains systèmes publics, l’interdiction est néanmoins obligatoire. Elle couvre les environnements traitant des ressources informationnelles de l’État, des données officielles, des secrets d’État et des infrastructures critiques. Une machine isolée d’internet n’est pas automatiquement exemptée. La présence d’un composant interdit peut poser un problème d’autorisation de sécurité et entraîner une obligation de remplacement.

Le 17 juillet, la liste a été élargie à 1 341 positions. Ce chiffre montre que la question dépasse largement un logiciel comptable connu. Les institutions doivent désormais regarder la provenance et la propriété de tout leur environnement numérique.

Le coût humain et financier de la transition explique aussi pourquoi elle prend du temps. Le 28 juillet, IT Ukraine et la GIZ allemande ont lancé un nouvel appel à bons pour aider les petites entreprises ukrainiennes à remplacer 1C/BAS par des ERP modernes. Cette aide reconnaît que les entreprises ne changent pas seulement une licence : elles déplacent leur mémoire financière.

Le texte initial citait Fire Point comme utilisateur de 1C/BAS. MAIR a vérifié le profil public de cette grande entreprise ukrainienne de defense tech mais n’a pas trouvé de confirmation indépendante de cette utilisation dans les offres indexées examinées. Le nom ne doit donc pas être présenté comme un fait établi.

Cette histoire parle finalement de travail autant que de logiciel. Une transformation numérique réussie ne consiste pas seulement à créer un nouveau service pour le public. Elle consiste aussi à accompagner les personnes qui maintiennent l’organisation en fonctionnement, à préserver les données et à remplacer progressivement les habitudes devenues risquées. C’est dans cette partie silencieuse du changement que se joue une grande part de la résilience numérique ukrainienne.

Same event, other desks

Story file →