Et si un vase n'avait pas besoin de fleurs pour mériter sa place ? C'est la question que pose Maxim Velčovský avec Photosynthesis, une exposition de vases en verre qui se tiendra du 7 au 11 octobre 2026 à la Salle équestre du Château de Prague, dans le cadre du festival Designblok. Le designer et directeur artistique de la maison Lasvit y présente une série de pièces aux formes arrondies et aux teintes profondes, pensées pour capter la lumière plutôt que pour accueillir un bouquet.
Le point de départ est un constat simple : un vase brille au moment où les fleurs arrivent, puis retourne à l'état d'objet décoratif une fois la tige fanée. Velčovský renverse cette logique en faisant de la lumière l'élément vivant de ses créations. Selon lui, ces vases ne sont pas des réceptacles mais des surfaces actives, où la lumière se transforme au fil de la journée. Les courbes se déplacent, les couleurs s'intensifient, les reflets surgissent et disparaissent. L'objet change sans qu'on y touche.
Les silhouettes sont volontairement étranges. Des formes bulbeuses se regroupent autour d'un récipient central, gonflant vers l'extérieur comme des gouttes suspendues avant la chute. Plusieurs pièces sont surmontées d'un large rebord presque plat, qui apporte une étrange tranquillité à ce volume agité. Dans l'une, un lavande translucide enveloppe des surfaces sombres et miroir. Dans une autre, l'ambre, le violet et le fumé semblent se presser les uns contre les autres, comme s'ils cherchaient encore leur place. Un vase doré paraît presque liquide malgré sa solidité, tandis que les pièces bleues évoquent une vague qui se replie sur elle-même.
Le titre de l'exposition donne à ces effets visuels une portée plus large. La photosynthèse transforme la lumière, l'eau et le dioxyde de carbone en matière vivante. Le verre de Velčovský n'accomplit évidemment pas ce processus, mais il rend la lumière active. Elle traverse les zones transparentes, s'accroche aux zones colorées et revient modifiée par les surfaces réfléchissantes. Le vase devient moins un contenant pour du vivant qu'un moyen d'observer une transformation à l'œuvre.
Le texte de l'exposition pousse l'idée plus loin, en décrivant ces vases comme des corps à la lisière de la création. Le théoricien du design et de l'art Stephan Hamel y lit une sensualité non genrée. Ce vocabulaire peut sembler excessif pour un vase, mais il éclaire ce qui rend ces formes si captivantes : elles gonflent, se chevauchent et s'accrochent les unes aux autres au lieu de s'installer sagement dans une symétrie parfaite.
Vues de près, certaines pièces paraissent presque impossibles à réaliser, comme issues d'un rendu numérique. Leur origine matérielle n'en est que plus séduisante. Elles ont été fabriquées à la verrerie AJETO et à la nouvelle verrerie Edo Studio, à Svojkov, en Bohême. Ce détail ancre ces formes extraterrestres dans un savoir-faire bien réel, celui du verre soufflé et travaillé à la main. Velčovský, qui a longtemps navigué entre design et art conceptuel, semble avoir trouvé ici un équilibre où la technique et l'idée se soutiennent mutuellement.
Présenter ces objets dans la Salle équestre du Château de Prague, un lieu chargé d'histoire, constitue un contraste assumé. Mais les photographies suggèrent qu'ils fonctionneraient tout aussi bien près d'une fenêtre ordinaire. C'est peut-être là leur véritable force : assez ambitieux pour porter un concept d'exposition, assez familiers pour faire regarder autrement le vase posé sur une étagère. Nul besoin qu'un objet explique l'origine de la vie pour mériter l'attention. Il suffit qu'il rappelle tout ce qui peut se jouer entre une forme et la lumière qui tombe sur elle.