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Washington recentre la carrière des diplomates sur le mérite

Le Département d’État retire la DEI de critères importants du Foreign Service, refond le concours et la formation, sans supprimer les protections contre les discriminations.

Госдеп убирает DEI из отбора и продвижения дипломатов

U.S. Department of State / Linda D. Epstein · Public domain · rights

Le Département d’État américain redessine la carrière diplomatique autour d’un principe qu’il veut rendre plus visible : le mérite individuel. Le changement touche désormais le recrutement, la formation initiale et les promotions du Foreign Service, tandis que les objectifs distincts de diversité, d’équité et d’inclusion — DEI, ou DEIA lorsqu’on ajoute l’accessibilité — sont retirés d’éléments importants de la gestion des carrières.

La rupture politique a été formalisée le 19 mars 2025. Un mémorandum de la Maison-Blanche a demandé au secrétaire d’État de supprimer le « Core Precept » consacré à Diversity, Equity, Inclusion and Accessibility des critères de titularisation et de promotion utilisés pour la période 2022-2025. Cette décision s’inscrivait dans la politique plus générale de l’administration Trump visant à fermer les programmes fédéraux de DEI.

Le changement s’est aussi traduit dans l’organisation interne. Le manuel financier du Département d’État indique que la fonction « Diplomatic Security Diversity, Equity, and Inclusion Operations » a été supprimée à compter du 6 mars 2025. Il ne s’agit donc pas seulement d’un changement de vocabulaire dans les évaluations, mais d’une réorientation administrative.

En 2026, la réforme s’est déplacée vers l’entrée dans le métier. La page officielle consacrée au Foreign Service Officer Test décrit le nouveau dispositif comme un processus de sélection fondé sur le mérite. Une composante de logique et de raisonnement a été ajoutée, la partie de jugement situationnel a été abandonnée et les essais narratifs personnels ont disparu. Les épreuves de connaissances et d’anglais doivent être davantage reliées aux exigences réelles du poste.

La formation initiale est également revue. Le Département d’État a annoncé un accent renforcé sur l’histoire américaine, la théorie diplomatique, la diplomatie économique, la compétition stratégique, la prise de parole, la négociation et le leadership. L’objectif affiché est de préparer plus directement les nouveaux diplomates à mettre en œuvre la politique étrangère américaine.

Le volet le plus conflictuel concerne les promotions passées. Le Département d’État affirme qu’une étude interne a identifié 295 agents du Foreign Service qui auraient perdu des possibilités de promotion en 2024 après l’intégration de la DEI dans le processus. L’administration dit vouloir réparer ces situations en se fondant sur les performances antérieures. Ce chiffre reste toutefois une conclusion de l’administration elle-même : la méthodologie détaillée de l’étude n’a pas été rendue publique avec la même visibilité que son résultat.

L’American Foreign Service Association conteste une partie du récit officiel. L’organisation professionnelle salue la reprise du recrutement, mais rappelle que l’histoire des États-Unis, la diplomatie et la négociation faisaient déjà partie de la formation. Elle met aussi en garde contre le risque de remplacer un critère contesté par une nouvelle forme de politisation du service de carrière.

Les textes en vigueur montrent par ailleurs que la suppression de la DEI ne signifie pas la disparition du principe d’égalité devant les règles. Le Foreign Affairs Manual impose toujours que les nominations, affectations et promotions reposent sur le mérite. Dans le même temps, il interdit la discrimination fondée notamment sur la race, la religion, le sexe, l’origine nationale, l’âge ou le handicap. Les obligations d’Equal Employment Opportunity et la formation No FEAR Act contre les discriminations et les représailles demeurent également.

La transformation porte donc sur l’architecture de la politique du personnel : la diversité ne doit plus être un objectif autonome évalué dans la carrière, tandis que la non-discrimination reste une contrainte juridique et professionnelle. Cette distinction sera observée de près, car les méthodes de recrutement déterminent à long terme le profil des diplomates qui négocient avec les alliés et représentent Washington à l’étranger.

Les prochaines promotions et les nouveaux concours fourniront les premières données réellement comparables. Elles permettront de voir si le nouveau système élargit la compétition sur des critères professionnels, accélère la progression des meilleurs profils et conserve suffisamment de compétences linguistiques, régionales et culturelles pour une diplomatie qui doit fonctionner dans des sociétés très différentes.

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