Il y a quelque chose de très humain dans la relation entre Donald Trump et Elon Musk, malgré l’échelle exceptionnelle du pouvoir qui les entoure. Ils se sont rapprochés, admirés, exposés ensemble, puis blessés publiquement avant de revenir l’un vers l’autre. Mais chaque émotion apparente est amplifiée par des enjeux qui dépassent largement deux personnalités: la présidence américaine, des entreprises géantes, des centaines de millions de dollars et une plateforme sociale mondiale.
Aujourd’hui, ils se parlent de nouveau. Le Wall Street Journal rapporte qu’ils échangent environ une fois par mois, notamment sur la Chine, l’intelligence artificielle et les événements internationaux. Musk veut également investir au moins 100 millions de dollars dans la mobilisation des électeurs républicains pour les élections de mi-mandat. Ce rapprochement arrive un peu plus d’un an après une rupture si brutale que Trump menaçait les contrats publics des entreprises de Musk.
Leur première rencontre politique n’était pourtant pas chaleureuse. En 2016, Musk disait que Trump n’était pas l’homme qu’il fallait pour la présidence. Après son élection, il rejoignit tout de même des conseils économiques de la Maison-Blanche, avant de les quitter en 2017 lorsque Trump retira les États-Unis de l’accord de Paris sur le climat.
La relation s’adoucit en 2020. Trump salua le talent de Musk et soutint Tesla face aux autorités californiennes à propos de la réouverture de son usine pendant la pandémie. Deux ans plus tard, nouvelle dispute: Trump attaqua Musk et le milliardaire répondit qu’il était temps pour l’ancien président de quitter la politique. En 2023, Musk donna même à Ron DeSantis la scène de Twitter Spaces pour lancer sa candidature contre Trump.
Puis vint juillet 2024. Après la tentative d’assassinat de Butler, Musk soutint publiquement Trump. Leur rapprochement devint rapidement spectaculaire: longue conversation sur X, présence de Musk sur scène lors d’un meeting, puis investissement massif dans la campagne. Au moins environ 250 millions de dollars furent dépensés par Musk pour soutenir Trump et des opérations républicaines.
Après l’élection, Musk entra dans l’univers quotidien du pouvoir. Il devint conseiller principal de la Maison-Blanche et le visage public de DOGE. Juridiquement, il n’était pas administrateur du service et ne disposait pas d’un pouvoir autonome de décision, selon une déclaration de la Maison-Blanche devant la justice. Symboliquement, en revanche, sa proximité avec Trump ne faisait aucun doute.
En mars 2025, le président présenta des Tesla à la Maison-Blanche et annonça qu’il en achèterait une. Le 30 mai, Trump et Musk semblaient encore en bons termes lors d’une conférence de presse d’adieu. Quelques jours plus tard, le conflit explosa autour d’un texte fiscal et budgétaire.
Musk accusait la loi de creuser la dette. Trump menaça les contrats et subventions de ses entreprises. Musk soutint une procédure de destitution et menaça brièvement de retirer Dragon du service. Il publia aussi une affirmation non étayée à propos de Trump et de documents liés à Jeffrey Epstein, qu’il supprima ensuite. Ce message n’était pas une preuve d’une implication criminelle de Trump. Le 11 juin, Musk reconnut que certains de ses propos avaient dépassé les limites.
L’annonce de l’America Party en juillet ressemblait à un geste de séparation définitive. Pourtant, les canaux n’avaient pas complètement disparu. JD Vance et Susie Wiles avaient continué à communiquer avec l’entourage de Musk. En septembre, les deux hommes se retrouvèrent lors de l’hommage à Charlie Kirk. En novembre, Musk fut invité à dîner à la Maison-Blanche. En janvier 2026, il versa de nouveau dix millions de dollars aux structures électorales républicaines.
Le trajet vers Pékin en mai 2026 a transformé l’apaisement en coopération. Musk a signalé qu’il aiderait les républicains, tandis que Trump l’a de nouveau intégré à une scène de pouvoir international. Pourtant, aucun des deux ne prétend revenir exactement en arrière. Musk dit s’être trop investi en politique. Trump estime, selon ses collaborateurs, que l’ancienne proximité ne reviendra pas. Leur nouvelle relation ressemble moins à une réconciliation sentimentale qu’à une seconde chance avec des frontières. Après avoir découvert la violence de leur rupture, ils semblent avoir appris à rester alliés sans se promettre l’amitié.