Il avait un surnom attachant, une silhouette de grand chat tigré et une capacité presque romanesque à disparaître pendant des mois. « Nine Lives » est pourtant devenu, sur la péninsule de Purerua en Nouvelle-Zélande, le symbole d’un conflit beaucoup moins léger : comment protéger un animal individuel tout en empêchant la disparition d’une espèce entière ?
Le chat vivait à l’état sauvage dans une zone où des écologues tentaient de réintroduire le pāteke, ou brown teal. Ce petit canard est endémique de Nouvelle-Zélande. Le Department of Conservation estimait en 2022 qu’il n’en restait que 2 000 à 2 500 à l’état sauvage et le décrit comme l’oiseau d’eau le plus rare du pays sur le continent.
En 2023, Pest Free Purerua a relâché 20 pāteke dans une zone où la pression des chats harets semblait avoir été suffisamment réduite. Une semaine plus tard, le premier oiseau était retrouvé mort. Des caméras ont identifié un grand chat gris tigré. L’équipe lui a ensuite attribué 15 autres morts parmi les oiseaux du lâcher.
Le dispositif de piégeage a été renforcé, mais le chat s’est montré exceptionnellement difficile à suivre. Il pouvait apparaître au crépuscule, la nuit, le matin ou en plein jour, puis ne plus être vu pendant deux ou trois mois. Cette succession de disparitions lui a valu le surnom « Nine Lives ».
En 2024, les écologues ont tenté un nouveau lâcher de 20 pāteke. Le même chat est revenu et aurait tué 15 oiseaux supplémentaires. The Guardian estime qu’il a tué au total des dizaines de pāteke, environ 1 % de la population. Le chiffre est une estimation, mais il permet de comprendre pourquoi les responsables du projet ont considéré le chat comme une menace disproportionnée.
La capture a eu lieu le 30 juillet 2026. Quelques jours auparavant, l’animal avait été observé près d’une carrière pendant trois nuits consécutives. Les piégeurs ont utilisé du saumon, du poulet frit et du lapin pour l’attirer. Une caméra a signalé un chat dans une cage. L’équipe a confirmé son identité puis l’a abattu de manière présentée comme humane.
La réaction du public a été divisée. Certaines personnes ont été choquées qu’un chat soit tué alors qu’il pouvait sembler, visuellement, identique à un animal de compagnie. Pour les défenseurs de la biodiversité, la question est différente : le chat était un prédateur introduit dans un écosystème où les oiseaux endémiques ont peu de défenses face aux mammifères chasseurs.
Cette distinction est désormais inscrite dans la politique néo-zélandaise. En novembre 2025, le gouvernement a ajouté les chats harets aux cibles de Predator Free 2050. Les chats domestiques sont explicitement exclus de cet objectif. Le gouvernement met aussi en avant la stérilisation, l’identification et la limitation de l’accès des animaux de compagnie à la faune sauvage.
Le corps de « Nine Lives » devait être examiné puis naturalisé pour servir d’outil pédagogique. Cette fin peut sembler dérangeante, mais elle maintient visible la tension au cœur de l’histoire : le chat n’était pas moralement coupable de chasser, tandis que les humains restent responsables des conséquences d’espèces introduites.
Purerua pourrait bientôt relâcher de nouveaux pāteke. Leur survie dira si le site est enfin devenu assez sûr. Le débat, lui, restera probablement plus longtemps, parce qu’il oblige à penser en même temps à la compassion pour un animal et à la responsabilité envers une population entière.