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Ukraine–UE : quatre faits pour comprendre la nouvelle exigence polonaise sur la Volhynie

La déclaration de Czarzasty est confirmée, les négociations européennes continuent, l’unanimité donne un levier à Varsovie et les exhumations en Volhynie se poursuivent.

La déclaration de Włodzimierz Czarzasty sur la Volhynie peut être résumée par quatre faits qui permettent d’éviter à la fois la minimisation et l’exagération.

Premier fait : le président de la Diète polonaise a bien lié la question historique à l’adhésion de l’Ukraine. Le 10 août, après une rencontre avec le président de la Verkhovna Rada Ruslan Stefanchuk à Szczawnica, il a déclaré que l’entrée dans l’Union européenne obligerait les Ukrainiens à réfléchir à toutes les dimensions de leur histoire et à appeler génocide ce que la Pologne considère comme tel en Volhynie.

Deuxième fait : Czarzasty reste favorable à l’adhésion. Dans le même discours, il a affirmé qu’il soutenait l’entrée de l’Ukraine dans l’UE. En février, il avait déjà signé avec Stefanchuk une déclaration de soutien, et en juin il qualifiait l’adhésion ukrainienne d’intérêt vital pour la Pologne.

Troisième fait : l’Union européenne n’a pas ajouté une nouvelle condition juridique sur la Volhynie. Les critères officiels portent sur les institutions démocratiques, l’État de droit, les droits fondamentaux, l’économie et l’application de l’acquis européen. L’Ukraine est déjà dans la phase active des négociations : deux groupes sur six étaient ouverts au 14 juillet, les «Fondamentaux» et les «Relations extérieures».

Quatrième fait : la Pologne possède malgré tout un levier réel, car l’admission d’un nouvel État membre exige l’unanimité. Une demande nationale peut donc peser sur le calendrier sans devenir un critère commun inscrit par la Commission.

Le contexte politique polonais explique pourquoi ce levier est crédible. Le 17 juillet, la Diète a adopté à l’unanimité une résolution sur les victimes de crimes commis par des nationalistes ukrainiens. Le résultat du vote était de 441 voix pour, zéro contre et zéro abstention. Le texte utilise le terme de génocide.

Une initiative séparée, portée par des députés, a également proposé de s’opposer à l’adhésion de l’Ukraine en raison de la glorification des auteurs des crimes de Volhynie. Elle a été renvoyée en commission. Il faut donc la distinguer de la position officielle de l’ensemble du Parlement, mais elle mesure la pression politique existante.

Du côté ukrainien, un autre indicateur est celui des travaux sur les sépultures. L’Institut ukrainien de la mémoire nationale a annoncé des recherches et des exhumations à Ostrivky et Volia Ostrovetska entre le 13 juillet et le 7 août. Le but est de retrouver des restes de personnes tuées en août 1943 et de permettre leur réinhumation.

Après la résolution polonaise de juillet, le ministère ukrainien des Affaires étrangères, selon European Pravda, a rappelé les commémorations communes de victimes ukrainiennes et polonaises. Cette réponse montre que Kyiv privilégie pour l’instant une approche de mémoire partagée plutôt qu’une reprise pure et simple de la terminologie polonaise.

La rencontre du 10 août a également produit un autre signal mesurable : Czarzasty a appelé à maintenir un canal permanent entre les deux parlements et à reconstruire la confiance. Il a condamné les mauvais traitements dans les deux directions.

Les données disponibles ne permettent donc pas d’écrire que «la Pologne a déjà bloqué l’Ukraine». Les négociations européennes continuent. Elles ne permettent pas non plus de considérer la déclaration comme purement symbolique, car l’unanimité donne à Varsovie la capacité d’influencer des décisions futures.

Le scénario à surveiller est désormais clair. Si la Pologne rattache un vote concret de l’UE à une demande précise sur la Volhynie, la question deviendra un obstacle procédural identifiable. Si les deux pays progressent auparavant sur les exhumations, les archives, les commémorations et la langue officielle, elle peut rester une négociation bilatérale difficile mais gérable.

La phrase de Czarzasty marque donc surtout un changement de niveau : un débat de mémoire est désormais explicitement relié à la chronologie de l’élargissement européen.

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